Christian Edziré Déquesnes, L’évangile bleuNuit
Ce livre unique est préfacé par Jacques Cauda. Comme toujours il met dans le mille pour dire l’essentiel sur l’auteur et son Evangile bleuNuit. Cet ouvrage « pieux » (sic) est de ceux qui ne se quittent pas. Son bleu est de la même couleur que celui qui coule dans le sang de l’auteur, homme qu’on aurait dit jadis « de peu » mais au caractère noble. Il irrigue sa poésie. Elle coule arrogante loin de toute carabistouille.
Le livre « ne tend qu’à sa propre fin qui est le dernier vers. Tout ce qui est au-delà est l’affaire problématique de la poésie, pas du poème ». L’auteur va donc droit devant en ses chemins de traverse. Tout est mis cul par-dessus tête. Histoire de ne pas nous laisser mourir idiot, Déquesnes découpe les pouvoirs et éventuellement les corps. Le tout en hommage entre autre à Ch’Vavar et Cauda « peintre éclaireur surfiguratif » (mais pas que). Et Déquesnes emboîte leurs pas déboîtés.
Toutefois, la poésie – à l’inverse de la vie – ne claudique pas. Et l’auteur court encore, rappelant d’où il vient, mélangeant accords et désaccords, cordes de guitare et cris en passant de Polnareff au krautrock de Can avant de renifler le « cul de la Bretagne intérieure » ou une chevelure rousse propre à électriser les neurones.
La litanie est sardonique. Elle glisse parfois – pour notre plaisir mais aussi pour être plus ajustée – vers la glossolalie. Le poète y rameute toute sa connaissance de la musique pop/rock comme personne jusque là ne l’a proposé jusqu’ici. C’est moins un grand sabotage qu’une immense sabordage à coeur et à riffs, à musiques déchirées et textes en flammes pour filles et fils perdus issus de carreau des mines patibulaires.
De la tristesse à la joie, tout passe dans une grande soupière. C’est superbe, profond, original, puissant et moins délétère qu’il n’y paraît. Tout redevient convalescent de la mort sur une scène à marée haute de Mer du Nord. Les nerfs fusent.
Renoncer n’est plus nécessaire entre hautes herbes et poussières, câbles de concert et sangles de soutien-gorge.
Tout s’ouvre en plein ciel bleuNuit où perce le soleil. Il n’a rien de l’astre noir des mélancolies et des métaphores.
jean-paul gavard-perret
Christian Edziré Déquesnes, L’évangile bleuNuit, Z4 éditions, 2019, 66 p.– 12,00 €.
