Christian Doumet, Paris et autres déambulations

Christian Doumet, Paris et autres déambulations

De l’art du ricochet

Christian Doumet a tout pour réussir ses textes de promeneur. Son seul espace de travail est le carnet. Dès lors, il lui suffit de le sortir de sa poche pour saisir l’idée ou la sensation qui passe. Ce rapt effectué, le reste est une question d’organisation et – avec le temps – de réflexe et de méthode. Le paysage répond ainsi au désir profond de l’auteur : « créer de l’écrit partout, tout le temps, tout de suite. Identifier le monde, ce qu’on vit, à un texte ».
Néanmoins, ce qu’il inscrit dans ses carnets est bien plus que des notes ou des polaroïds : les formes de vie passent directement dans l’écrit. Existe sans doute de la part de Doumet une obsession, une addiction mais nul ne peut s’en plaindre. L’auteur parle d’ailleurs de force de récurrence, d’asservissement, de monomanie mais refuse le mot pathologique. Il est facile de le croire : son écriture ne sauve peut-être pas mais elle soigne. Auteur et lecteurs.

D’un voyage à l’autre, d’une balade à l’autre, Doumet transforme le paysage en éloignant ses textes de tout bavardage ou effets dans une volonté de clarté et de précision. D’humour aussi – cette marque de l’intelligence. Mais – peut-être grâce à son côté ermite – l’auteur développe une autre façon de dire : il laisse à voir, ne montre pas tout dans une pratique du ricochet. Et c’est le meilleur moyen de suggérer l’énigme des rues sans pour autant se prendre pour un paysan de Paris.
Toutefois, cet homme de la terre pourrait parfaitement le jouer. Vrai amateur des paysages urbains, Doumet arpente la ville comme il le fait de la campagne. Il conjugue donc bitume et humus loin des frontières admises et géographiques. Pour lui, la sauvagerie n’est pas au fond des bois, elle est « écartée, domptée ou refoulée » dans la vie de la cité : d’où ces nouveaux « tableaux parisiens » terreux et célestes.

jean-paul gavard-perret

Christian Doumet, Paris et autres déambulations, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2017, 152 p.

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