Charles Reznikoff, Derniers poèmes. Les Juifs en Babylonie. Obiter dicta
Elégies objectivistes de Charles Reznikoff
Cet ensemble des derniers poèmes de Charles Reznikoff complété par son essai Obiter dicta propose l’état des lieux de la figure majeure du mouvement objectiviste. « Une vache pour le labour et un âne pour la route », « une chèvre pour la traite et une agnelle pour la tonte, « une poule pour les oeufs et un dattier pour ses fruits », « un lit où s’asseoir et une table où manger » proposent de minces flux migratoires, des sortes d’élégies documentaires propres à l’école de la poésie new-yorkaise et son mixage des choses vues par la poésie.
L’auteure la développe en évènements (tres peu « avènementiels » pour cause) et théories. Ce qui n’empêche pas à l’utopie de tenter de mettre à mal les formes classiques de la poésie comme pour souligner la douleur du peuple juif longtemps exterminé. Reznikoff en a conscience sans trop se faire d’illusion sur un ordre pacifié : tohu-bohu, désordre, fusions s’agitent en tout sens. Cela relativise le monde et sa vision de l’atmosphérique et de l’élémentaire comme du culturel et de l’idéologie des sociétés humaines.
Dans sa poésie aussi concrète que spéculative, Reznikoff n’a pas émis son dernier mot, ni celui de l’Histoire. Mais ses deniers poèmes ont fait bouger les lignes. Le poète osa toujours avancer dans l’inconnu. Il ne fut pas pour autant somnambule ou amnésique et il n’oublia jamais ce qui lui manquait. S’il est parfois séparé de lui même dans l’esprit d’une telle poétique, il n’était pas seul. Son travail – parce que ce n’est pas un simple labeur – est une autre vie au cœur de sa propre vie : mais il tenta de saisir surtout le secret de ses double et du nôtre.
jean-paul gavard-perret
Charles Reznikoff, Derniers poèmes. Les Juifs en Babylonie. Obiter dicta, trad. de François Heusbourg, Editions Unes, Nice, 2025, 80 p. – 16,00 €.