Cécilia Jauniau, Diaporama

Cécilia Jauniau, Diaporama

L’image la plus nue

Ce qui fascine dans ce livre, suite d’une installation-exposition exceptionnelle, c’est que la beauté plus que la fascination domine là où l’obscène est transformé par des variations sur l’origine. Cécilia Jauniau, sous divers types de tensions propres à susciter le mystère,  ne les offre pas selon les pauses traditionnelles. Un monde naturel (le nu) et artificiel (formalisme des pauses) s’y mêlent. Si bien que ses portraits de femmes sont à la fois figuratifs et pratiquement abstraits dans ce « diaporama » sous forme de puzzle plus poétique que réaliste.

Sortant de son ergastule, le sexe féminin ouvre son espace, donnant son silence troué d’éclairs sans jamais de prise de vue au nom du dépit, rage ou provocation. Des toisons cernent le liseré des lèvres de celles qui laissent deviner leur corps, battant le carpe diem des très riches heures d’une telle mise en image originale. Pour certains, en de telles photos le plaisir tue, pour d’autres la beauté fascine.

Parfois, au bout de doigts féminins, se touchent en de subtils mouvements les minutes à venir de l’intérieur. Une telle mise pourrait commencer par des caresses éternelles qui répondraient après tout à des sollicitations ou des injonctions de voyeurs.  Mais l’objectif de Cecilia Jauniau complote et copilote avec ses modèles une autre envergure. Le féminin y règne entre deux cuisses ruisselantes en des cérémonies plus larges, plus solennelles que celle de l’obscénité et de la perversion.

La vie dans ces rituels chaloupe à flots, souffle sans qu’une tempête fasse rage là où rien ne se perd, surtout rien des pleins et déliés. Les callipyges sans répit hantent de leur intimité la plus secrète. Cécilia Jauniau, par ses images, en devient copiste et scribe, ne voulant être plus ailleurs que face au sexe. Elle reste la garante d’un tel délice d’existence, de charme et d’harmonie.
Face à de telles photographies, ne soyons plus les condamnés de temples religieux qui veulent nous rendre coupables de la pire infamie. Celui du livre pivotant sur lui-même devient, avec tant de savoir-faire, un dévouement et une sensibilité extra-sensorielle. Technicienne exemplaire qui nous rend voyeurs admis enfin dans le seul club très recherché, son but est de satisfaire un échange qui, après chaque rencontre, ne peut plus nous éloigner. Nous pouvons envisager comment nos routes peuvent encore se croiser.

De telles photographies sont de tous les excès, de tous les exils. La créatrice lutte contre l’oubli, tombe amoureuse d’une femme et peut lui adresser les plus extraordinaires lettres d’amour qui ne s’écrivent pas. Néanmoins, Diaporama agit dans une nouvelle libération qui monte ici de plusieurs degrés. Ils se peut que beaucoup désirent jeter l’ancre derrière cette surface bosselée et rose où flambent au besoin des bûches de bouleau. Elles vont à la bourlingue dans ce pays plus chaud.

jean-paul gavard-perret

Cecilia Jauniau, Diaporama, Editions de l’artiste, Paris, 2025.
en vente à la Galerie Arts Factory, à la Musardine, et à la libraire Un Regard Moderne.

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