Cécilia Burtica & Nadine Fiévet, Retour au Nil
Texte et peinture deviennent les langages qui nous tissent au Nil. Nous sommes pris dedans comme en une architecture. Celle-ci nous emporte dans un exercice qui est bien plus qu’exotique : puisqu’il s’agit de revenir à un lieu premier géologique berceau des civilisations. Nous y voyons, à travers ce livre, les forces du fleuve agir. Aux blocs erratiques des acryliques sur papier de Nadine Fiévet répondent les sédiments des poèmes de Cecilia Burtica.
Leur face-à-face crée un champ de force d’une réalité ondulaire, impulsive, respirée. Le Nil surgit en ce croisement d’ondes et leur inquiétude rythmique esquissée. Texte et peinture proposent l’ ”analogue” de la nature par glissements et substitutions progressives. Un moment du fleuve remplace l’autre au fil du livre. Il devient la recherche de fusion de la lettre et de l’image.
Le fleuve respire loin de la pure représentation. Se retrouve la « première forme » si bien que « tout un cycle reprend ». Lequel devient l’acteur morcelé de couleurs et de formes jaillissantes au milieu des pas de danse que proposent les poèmes. Ce retour amont est la redécouverte de bien des mémoires ; le fleuve s’ouvre comme corps de langage en mouvement. Il devient d’une certaine manière le coeur de la psyché et la sagesse d’un monde qui l’a oubliée.
jean-paul gavard-perret
Cécilia Burtica & Nadine Fiévet, Retour au Nil, Ambassade de Belgique, Le Caire, 2016.
