Cécile Guivarch, Si elles s’envolent

Cécile Guivarch, Si elles s’envolent

Dans son expérience d’écrivaine, Cécile Guivarch poursuit ses expérimentations pour habiter chacun de ses livres d’une écriture propre à sa doxa et sa vision des femmes. Si elles s’envolent poursuit le chemin d’écriture de Cécile Guivarch au sein de la vie de ces femmes en mêlant les prénoms de grandes figures féminines à ceux de femmes de sa famille. Elle les réunit en un lieu où l’existence féminine est rythmée par des tâches et des usages éprouvés depuis des générations. Ces femmes sont généralement alignées les unes contre, assument une entière féminité et sororité soutenue en déquilles par les paroles poétiques de Marina Tsvetaeva et Denise Desautels.

L’empathique répond une telle exigence et permet de ne retenir que des joyaux conséquents de celles qui sont soumises à leur existence. Existent dans ce livre bosses, ruisseaux, cailloux sur le chemin poétique par des efforts intellectuels. Jaillissent des rappels sans qu’il reste grand-chose à retenir dans un tel glissando. Le texte patine certes à bon escient mais ne demeurent que « miettes » (Beckett) disparates, minces même si elles estiment vouloir et dire tout. Mais à les regarder de près, une sève essentielle est retirée des flots. Le rêve est de découvrir ici une métamorphose incisive. Mais reste du ressassé.

Le livre tient : mais tout devient mal assis en segments verbaux et l’auteure use des répétitions qui n’officient qu’en mots fragiles des magasin de verroterie. L’abbesse empile de dévotes lotions là où les mots roulent leur bille en sébile en un tel théâtre d’opérations – entendons d’ouvertures (recousues au besoins à coups de clous cunéiformes).

Par la grâce de citations, notifications, mots valises afin de souligner les contradictions, le féminin est épousseté. Les mots sont des corps physiques reposant sur la base très instable d’une poésie didactique. Par succion ou dévoration, la créatrice absorbe en son propre sein des mémoires à vivre non en aliénation mais en plénitude rêvée par une puissance féminine. Certes, Cécile Guivarch se veut la scribe de sa variation du mythe de la Mère. Ce dernier n’est renvoyé qu’à des paysages de prédilection même si ceux de la nuit sexuelle et de son origine sont pudiquement estompés.


jean-paul gavard-perret

Cécile Guivarch, Si elles s’envolent, Editions Au Salvart, 2024, 74 p. – 12,00 €.

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