Camille Fouquet, Les temps suspendus (Haïkus du quotidien)
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Sombre ou drôle, féminin (de préférence) le haïku suscite chez Camille Fouquet une irrésistible attention voire une attraction irrépressible. Il hérite d’un théâtre du réel là où la créatrice reconstruit l’essentiel sans que le rideau soit tiré.
La réalité bascule dans cette œuvre même où jaillissent « sirop sur les doigts /envie de Chandeleur / du goûter sans faim ». Manière d’atteindre le paroxysme de plaisir mais aussi le moyen de laisser aux corps le temps de (se) réfléchir parfois de manière surprenante voire inattendue.
Chaque incident de la vie pousse l’être à entretenir une obsession pour les films de monstres et de science-fiction. Il peut parfois, grâce au haïku, rentrer en dissidence en « épiphanies de senteurs » même si transparait un penchant goût pour le punk rock et le métal gothique.
La poète troque au besoin ses crayons et ses feutres contre une souris. Et elle n’a de cesse ici de faire se télescoper l’univers enfantin (ou presque) et fantastique (idem) du quotidien. A leur lecture, exit le culte des morts où des mots sont tombés dans leur « caveaubulaire ». Sous la pulsion de vie, l’indicible du réel révèle l’insondable quitte à transgresser tous les édits de chasteté sans faire pour autant dilater les fantasmes.
Sujet inépuisable et objet de passage, le quotidien, grâce à Camille Fouquet, assouvit notre plaisir pour mieux asservir les objets du désir. Ici, l’amour n’est pas forcément en fuite. Toutefois, il n’est pas le souci majeur. Généralement, il est admis que l’amour mythifie et que le sexe mystifie. Mais par ses haïkus, l’auteure crée insidieusement des changements là où, par à coups, une fusion mystique apparaît là où on ne l’attend pas. Les crêpes en sont l’une des preuves !
jean-paul gavard-perret
Camille Fouquet, Les temps suspendus (Haïkus du quotidien), Encres Vives, 2025, 32 p. – 6,60 €.