Sophie Divry, Fantastique histoire d’amour

Sophie Divry, Fantastique histoire d’amour

Bastien Fontaine est inspecteur du travail à Lyon. C’est un homme rongé par la solitude et les désillusions depuis qu’Isabelle l’a quitté, voilà deux ans. Il est amené à enquêter sur un accident mortel dans une usine de déchets.
Maïa di Natale, 38 ans, est journaliste scientifique à Comprendre, un mensuel lyonnais. Parce qu’elle doit boucler un numéro, elle pense que Victoire, sa tante, une sommité au CERN, pourra l’aider. Celle-ci est ravie de la voir et l’informe sur son travail, un cristal scintillateur. Cependant, elle semble très inquiète.
Bastien, sur place, retrouve, étonné, la police. La scientifique ne découvre, dans le compacteur à plastiques, que le tronc de l’ouvrier. Quelques jours plus tard, Maïa reçoit sa tante qui vient lui expliquer une situation bien scabreuse. Elle a dû se débarrasser des échantillons de ce cristal aux effets inquiétants. Or, il semblerait que des restes de ceux-ci soient à Lyon.

Et Bastien veut comprendre les circonstances de l’accident que la police assimile à un meurtre. Il s’introduit clandestinement dans l’usine pour inspecteur la machine. Celle-ci devient une obsession dévorante. Et Maïa, à la demande de sa tante va se charger d’une mission baroque…

C’est avec un couple de personnages ordinaires, que rien, à priori, ne pouvait rapprocher, que Sophie Divry installe son histoire. Maïa est une jeune femme célibataire qui a quitté Paris pour Lyon. Elle est journaliste dans une petite équipe qui réalise un magazine scientifique. Elle est libre et satisfait son corps sans se perdre dans des réflexions métaphysiques. Cependant, elle est atteinte d’un étrange phénomène depuis longtemps. Elle appelle ce défaut la disparitionnite car elle perd beaucoup d’objets. Bastien a 41 ans. Il est séparé de son épouse et ne se remet pas de cette séparation, mais assure son métier avec conscience. Leur rencontre sera déterminante.

Autour de ce couple, la romancière installe une suite de particuliers aux caractères recherchés, fouillés, aux tempéraments étudiés. Elle dissèque les comportements des uns et des autres et les mène vers un but difficile à cerner.
Elle nourrit son roman de descriptions attractives sur le rôle de l’inspection du travail, son approche des entreprises et de la sécurité du personnel. Elle dépeint le CERN et ses composantes, donne des précisions sur le travail de ces scientifiques et sur ce cristal aux effets troublants. Elle livre nombre d’informations de toutes natures, des réflexions émises par les personnages ou issues de leurs attitudes et comportements. Elle décrit des quartiers lyonnais typiques et consacre quelques pages à une institution bien connue des amateurs de livres et albums : Le Père Pénard, sur les quais de la Saône. C’est un antre labyrinthique où l’amateur peut passer de grands moments tant il y a à voir.

L’intrigue se construit autour des effets de ce cristal pour aller vers un récit qui emprunte quelque peu au fantastique, mais auquel on adhère avec enthousiasme tant il sert le récit. Et les actions se multiplient, les péripéties s’enchaînent avec une belle cohérence. L’humour est très présent et donne une belle tonalité à des propos, des situations. L’écriture est magnifique, les dialogues vifs, le tout est servi par un art narratif remarquable. On ressort éblouit de cette histoire d’amour.

Sophie Divry, Fantastique histoire d’amour, J’ai lu n°14 410, coll. Littérature française, juin 2025, 608 p. – 9,20 €.

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