Bruno Sirven & Alain Canet, Le génie de l’arbre

Bruno Sirven & Alain Canet, Le génie de l’arbre

A l’épreuve du temps

Qui n’est pas poursuivi par le fantôme d’un arbre ? Autour de lui louvoie une forme de volupté. Souvenirs de la caresse du regard sur l’écorce. D’où la force du livre de Bruno Sirven en collaboration avec l’artiste Alain Canet. Quoique écrit par un géographe et à nature « pédagogique » (au sens large), ce livre grâce à la forêt des mots et la nécessité des photographies  remonte l’histoire de l’arbre – du moins ce qu’on en sait. Il s’agit d’entrer en sa vibration ou rebondir sur sa « peau » et de comprendre son importance en campagne comme en milieu urbain.
Écrire ou photographier n’est plus mettre de l’ordre, c’est entrer dans le silence de l’arbre, à cette “ croisée ” impossible des chemins entre terre et ciel. Existent pénétration et épuisement, faille et présence (au sein même du paysage que l’homme veut aménager de manière parfois discutable). Trou du silence que l’écriture ne comble pas tout à fait. C’est pourquoi la photographie devient l’écorce écorchée au bord du langage.

Existe un écart des mots comme il y a un écart des images. A une effraction répond une autre. Au sein de l’atonie de l’arbre jaillit par l’image un murmure, une pluie inversée, l’attente à travers ce que l’écorce montre de blessure. Par le texte jaillit la parole arrachée de la fibre. L’arbre devient celui de vie. Il est aussi une psyché avec ses crevasses, ses aspérités et le tatouage du temps qui dessine la peau. L’arbre est figure – jamais fugue. Il est le don de mélancolie capable de donner naissance à autre chose entre un deuil et un désir – un deuil qui n’entraîne pas le désœuvrement total mais face à quoi le désir ne peut rien reconstruire dans la marge du temps.

Combien d’années pour glisser dans le temps ? L’arbre imprime un verdict dont on ne sait rien : il attend – faute de mieux – espérance et réconciliation, il attend. Par l’arbre et par le mystère des photographies, et des textes, l’arbre devient la forme travaillée par le temps et le temps qui se tourne contre lui-même. Il reste le corrigé du temps plus ou moins revenant. Il est l’accomplissement. Sirven et Canet l’ouvrent et le closent, l’entourent. Volume et cercle. L’arête vive d’un seuil, sa marque indélébile, sa frontière hermétique.

jean-paul gavard-perret

Bruno Sirven & Alain Canet, Le génie de l’arbre, 350 illustrations, Actes Sud, 2016, 432 p. – 42,00 €.

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