Anne-Marie Jeanjean, De toujours & Pourquoi Matisse (ou la chair du zèbre)
Insérée dans le monde, la poésie d’Anne-Marie Jeanjean (accompagnée parfois d’artistes) rend lisible et visible la douleur de drames humains (grève de la faim pour De toujours, plus intime et somptueuse dans Pourquoi Matisse ). L’émotion se donne selon une liberté subversive de mots par lesquels – comme à travers le bleu d’eau des acryliques de Bartoli – « s’ébattent / les dauphins étrusques / (mais ici ce n’est pas un tombeau »). La poétesse devient ce miroir qui, pour sortir de la rudesse du monde, se glisse ( » œil globuleux de miel brillant ») juste à l’intérieur de l’eau afin de pouvoir voir au-dessus mais aussi « vivre dans un tableau de Matisse pour y faire la brasse papillon ». Et qu’importe si entre le bleu d’eau et le noir de la vie, comme l’auteure, le lecteur n’est plus que « la succulente chair du zèbre » sous l’œil de l’autre. Mais celui-ci n’est peut-être que le double de lui-même.
Dans cette mouvance, le parcours est particulièrement captivant et enveloppant. La poésie suit un cours à la fois précis et flou dans les nuances de bleu qui muent le vertical et l’horizontal, le terrestre et le lacustre. Le tout avec un fond de lumière blanche où s’inscrivent les poèmes. Celui-ci monte, il descend. Le réel et son image fusionnent. Le péril reste-t-il le but ou n’est-ce qu’un passage ?
Reste l’abandon à un courant qui nous dépasse là où le poème, entre le vent et la vague, devient aussi sûr que n’importe quel œil pour ce qui doit être vu : au sein du monde comme dans le miroir source de la peinture.
jean-paul gavard-perret
Anne-Marie Jeanjean,
– De toujours,
– Pourquoi Matisse (ou la chair du zèbre),
acryliques de Claude-Bartoli, Tardigradéditions, 2016, 34150 La Boissière.
