Bovary (Michael De Cock / Carme Portaceli)
Prégnance de la béance
© Danny Willems
Le plateau est nu, éclairé de néons, les parois extérieures sont tendues de tissu blanc à l’allure plastifiée. Un homme vient disposer avec circonspection quelques bouquets de fleurs. Marques de séduction, hommages de cérémonie, nuptiale ou funèbre. Car de l’union, chacun est déjà orphelin, comme si la vie était toujours un lendemain de nous.
Un discours sur le désir, sur son inaccessible réalisation, précède le rappel de l’histoire d’Emma Rouault. Une reconstitution factice de la célébration du mariage, au son de This is not a love song (Public image Limited, 1984), puis de variété italienne. Le discours gauche de Charles est l’occasion de revenir sur la rencontre des deux époux, qui montre la naissance des sentiments, leur générosité et leur incertitude.
A travers les épisodes du pied-bot, de l’opéra, de la pratique du cheval, du piano, des dettes et du notaire, sont retracés de façon impressionniste mais incisive les épisodes du roman de Flaubert. La déchéance du couple se nourrit de ses propres efforts pour tenir, contenir, continuer, atténuer le dépit. Ici, tout fait sens : le plateau se couvre peu à peu de signes, que notre position d’extériorité permet d’interpréter. Il ne s’agit en effet pas d’empathie, mais d’exploration herméneutique.
L’attention est concentrée sur la violence dans le couple, même si la pression sociale est parfois signalée. La tension est à fleur de verbe, mieux exprimée que si elle était exhibée. Un beau spectacle spéculatif, sur l’absence des présents, sur l’omniprésence de la béance.
christophe giolito
Bovary
Texte Michael De Cock
Mise en scène Carme Portaceli
Avec Maaike Neuville, Koen De Sutter, Ana Naqe.
D’après le roman de Gustave Flaubert, adaptation Michael De Cock / KVS ; chorégraphie Lisi Estaras ; dramaturgie Gerardo Salinas ; assistants mise en scène Inge Floré, Ricard Soler ; conception décor et costume Marie Szersnovicz ; régie de Plateau Davy De Schepper ; lumière Dimi Stuyven ; conception lumière Harry Cole ; paysage sonore Charo Calvo ; son Bram Moriau ; machinerie Justine Hautenhauve, Willy Van Barel ; costumes Eugenie Poste & Heidi Ehrhart ; surtitrage Inge Floré ; traduction Anne Vanderschueren, Trevor Perri.
Du 29 avril au 3 mai 2025 au Théâtre Nanterre-Amandiers
7 Av. Pablo Picasso, 92000 Nanterre 01 46 14 70 00 Du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 18h.
https://nanterre-amandiers.com/evenement/bovary-michael-de-cock-kvs
Production KVS, Théâtre royal flamand de Bruxelles, coproduction Perpodium, avec le soutien de Tax Shelter van de Belgische Federale Overheid via Cronos Invest.