Boulevard du boulevard du boulevard

Boulevard du boulevard du boulevard

Une parodie déjantée du théâtre de boulevard

Boulevard du boulevard du boulevard : le théâtre de boulevard à la puissance 3, décidant d’une ironie et d’un rire assez franc finalement, assez sympathique…
Tout est parti à l’origine de la rencontre d’une pièce déjà parodique elle-même : Boulevard du boulevard, du collectif Gaston Portail. Fasciné par cette mise en abyme à succès, Daniel Mesguisch décide de renouveler l’expérience du miroir déformant et de multiplier la distance burlesque en écrivant une sorte de suite à cette pièce, un boulevard à la puissance 3, donc.

Que se passe-t-il lorsqu’on fait du boulevard – du bon vieux vaudeville bien franchouillard – à la puissance 3 ?
Eh bien, personne n’ignore que parmi les théâtres de convention, aux intrigues et propos convenus, le boulevard se pose là… Alors, en multipliant la conscience qu’il a de lui-même, les attentes qu’il suscite, en faisant gripper légèrement la machine par quelques grains de sable cocasses – le burlesque parodique est, avec l’ironie, par excellence la conscience réfléchie la plus profonde qui soit -, ça remue, ça fume, ça s’emballe.

Et ça part sur les chapeaux de roue dès le début, dans un décor fastueux qui donne du prestige au spectacle : la lamentatrice – vous savez, celle qui se lamente pour on ne sait trop quelle raison avant de se rappeler que oui finalement c’est bien sûr c’est du vaudeville – vient et mâchonne des mots incompréhensibles ; puis il y a le bon vieux salon de l’intrigue, où tout se passe et où l’on rentre comme dans un couvent, sauf que là plusieurs couples évoluent et qu’on ne sait pas à qui revient tel conjoint ; ici aussi tout le monde se trompe, mais sans savoir trop qui est qui évidemment, et le mari trompe la femme avec un autre homme… De plus le vieil ami sympa et assez charmant avec un panache démesuré vient de tomber sans le savoir sur la femme d’un ami Achille qui est un vrai clown et finalement ne manque pas de bon sens moqueur… Et ça court, ça fuse, ça jongle avec les mots, avec le corps, ça tranche aussi – beaucoup de blessures ici, de sang qui coule …
Pas possible de raconter l’intrigue, et après tout vous vous en doutez un peu : si elle est bien vaudevillesque, elle est ici prestement tourbichonnée par de petits écarts et autres grossissements de choses déjà bien grossières qui sont ainsi rendues improbablement succulentes.

Ici, donc, on nous propose un rire massif, et cela, la compagnie s’en est donné les moyens, ludiques et scéniques, pour en tenir promesse drôlatique… Un moment donc qui peut se révéler assez agréable si l’on veut bien rire de manière franche et épaisse…
Spectacle à notre sens dénué de véritable prétention, sinon celle de montrer la petite anicroche qui fait vriller sur soi le procédé, la convention, le lieu commun et le rend décapant. Une certaine affection pour un théâtre de légèreté et de folie…

samuel vigier

Boulevard du boulevard du boulevard
Spescacle écrit et mis en scène par Daniel Mesguisch

Assistant à la mise en scène :
Xavier Maurel
Lumières :
Patrick Méeüs
Costumes :
Dominique Louis
Régie générale :
Hervé Jabveneau
Avec :
Odile Cohen, Frédéric Cuif, Antoine Dayres, Sarah Fuentes, Gaëlle Haüsermann, Christian Hecq, Sarah Mesguich, Laurent Montel, Florence Muller, Eric Verdin

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