Bertrand Van Ruymbeke, L’Amérique avant les États-Unis
Une somme historique qui se lit comme un roman d’aventures
Avant les États-Unis, il y a eu l’Amérique, à commencer par les villes fondées au-delà des mers par ceux que l’Europe avait poussés à l’exil à coup de persécutions religieuses, de pogroms, de famines ou de guerres – les passagers du Mayflower, qui en 1620 aborde les côtes américaines. Mais le livre que nous propose Bertrand Van Ruymbeke, professeur d’histoire et de civilisation américaine à l’université Paris-VIII, a pour sous-titre « Une histoire de l’Amérique anglaise, 1497-1776 ». Il se concentre donc sur la façon, depuis la création de la Virginie – nommée ainsi en hommage à la reine « vierge » Elizabeth 1ère –, dont les Anglais sont entrés dans la course au Nouveau Monde. En créant, le long du littoral oriental du continent, les treize colonies qui proclameront leur indépendance et deviendront les États-Unis d’Amérique en 1776.
Ce livre relate, presque à la façon d’un roman, l’histoire de ces territoires qui connurent le joug anglais avant d’être véritablement libres et américains. Mais à travers les siècles qu’explore cette fresque, en fil rouge, une thèse se profile : celle de la fierté des racines, des origines. L’auteur établit une chronologie de cette découverte de l’Amérique par la vieille Angleterre (après les Espagnols, les Hollandais et les Français). En commençant par la germination de l’idée, les « Tâtonnements et explorations » (1497-1590), pour poursuivre avec les « Fondations » (1607-1682), les « Migrations et esclavage », la religion (« Amérique, terre promise »), les institutions politiques (« De l’Empire au comté »), « Le temps de la prospérité » et la bataille pour l’indépendance (« Guerre et indépendance »).
On en apprend beaucoup sur les dessous des cartes. Comment ce mélange pour le moins hétéroclite de puritains anglais, de huguenots français, de juifs, d’Allemands, de Hollandais, d’Écossais, d’Irlandais, d’aristocrates et de miséreux, a finalement formé un État soudé ; comment les Anglais ont habité ce vaste territoire, déjà occupé par les colons Espagnols, Hollandais ou Français, sans oublier les Amérindiens ; comment l’idée de l’esclavage a germé… Au fond, Bertrand Van Ruymbeke semble défendre la thèse du hasard. C’est une succession de coïncidences, d’aléas divers, une addition d’intérêts divergents – mercantiles, territoriaux, politiques – qui fit d’un empire décousu, fondé comme un puzzle épars sans aucune coordination ni politique commune, une nation homogène, ou plutôt forte de son hétérogénéité.
agathe de lastyns
Bertrand Van Ruymbeke, L’Amérique avant les États-Unis, coll. Au fil de l’histoire, Flammarion, janvier 2013, 561 p. – 26,00 €