Arnaud Cohen, Rémission + Rétrospection

Arnaud Cohen, Rémission + Rétrospection

Les mutiques

Nul ne sait si dans l’enfance de l’artiste il n’y eut pas assez de femmes : il les guette aujourd’hui partout, comme un touriste, comme un enfant mais aussi comme un assaillant respectueux. Ses femmes sculptées ne sont pas pittoresques et ne servent pas à « faire joli » dans les lieux d’exposition. Elles tapissent l’espace de leur présence de leur empreinte, montrent leur beauté dans la géométrie des salles : mais elles restent des odalisques imprenables, des ombres blanches à la lassitude et au port des plus élégants.
Elles semblent faire commerce de leurs charmes mais restent sourdes aux regards qui se posent sur elles. Certaines boivent du Champagne (ou du Riesling) mais pas question de trinquer avec elles. Leurs désirs est sans légataires – du moins pas ceux dont le regard se pose sur elles comme sur la tombe de Grisélidis. Il s’agit juste de leur tenir compagnie aux enchères de leur beauté et de leurs danses immobiles ou de scruter leurs mirages. Il suffit quand l’ « agôn » agonise d’entendre leur chant du silence.

Réinvestissant à sa main  la salle synodale du Palais redessiné par Viollet-le-Duc, Arnaud Cohen convoque à travers les femmes métamorphosées par  son imaginaire des puissances spirituelles et temporelles (dont les dépouilles sont exhumées des réserves du musée) en les réincarnant dans un but qui dépasse le pur jeu d’eros. « Dans une Europe malade de ses doutes et de ses peurs, qui roule à tombeau ouvert vers un suicide collectif, Rémission oscille entre deux espoirs : celui d’un sursaut vital et d’une rémission du cancer qui nous ronge, et celui d’une rémission de nos pêchés à l’heure du jugement dernier » écrit Arnaud Cohen. Son œuvre  est donc totalement habitée et dépasse le seul jeu de la représentation ou de la reprises. Ses Lilith deviennent le théâtre de nos passions complices – voire de nos défaites individuelles et collectives à travers les éradications et les crimes de lèse-majesté qu’elles fomentent en divines traîtresses et prêtresses dont la beauté impeccable semble perpétuelle.
Selon un beau renversement, le regardeur devient le regardé, il s’efface doucement dans les coulisses de leur théâtre de majesté.

jean-paul gavard-perret

Arnaud Cohen,

– Rémission + Rétrospection, Musées de Sens et Palais Synodal, Sens, 14 juin 2015 – 20 septembre 2015,

– A l’ombre d’Eros – une histoire d’amour et de mort, Monastère Royal de Brou, Bourg-En-Bresse, 19 juin 2015 – 4 janvier 2016.

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