Apolline Garrel, Le Vent noir

Apolline Garrel, Le Vent noir

La nuit intérieure et la souffrance

Ce premier livre est une sorte de recueil polyphonique sur l’hospitalisation en psychiatrie et plus largement sur les troubles de la conscience et ses vacillements, les frontières entre la normalité et la folie.
Et ce, à travers plusieurs récits à la première personne d’existences qui ont basculé jusqu’à se retrouver dans cet hôpital.

Parfois, une ombre passagère laisse les souvenirs de son enfance la quitter « comme la vie quitte les agonisants ». C’est alors un temps de pose dans « Le Vent Noir. Le Vent de tous les malheurs ici réunis, qui secoue l’air pesant des couloirs de l’hôpital, emporte les odeurs de médicaments et d’haleines chargées par les traitements. »
Ce vent noir est surtout celui de la nuit intérieure et de la souffrance. Un vent d’abîme qui souffle sans bercer.

Les « témoignages » des voix deviennent la seule voie d’accès à l’inconscient mais en même temps soulignent l’échec de sa saisie, déplacée depuis le contenu vers le contenant. Mais cela est douloureusement génial là où l’écriture déploie les jeux de « je » altérés et rejetés – même s’il existe une sorte d’attente qui les retient au réel comme à l’écart de la présence.
Le livre conduit des événements aux histoires où la vie est maintenue en une sorte d’absence pour celles et ceux regardés par « fous » par certains des soignants et les rares visiteurs.

Dans le texte s’affiche avec le plus de force le cadre qui définit ceux qui sont censés – en insensés – ne pas en avoir – selon une curieuse vue de l’esprit que l’auteure ne partage pas. Plus qu’un poème-récit comme pensée des événements de vie, il s’agit de comprendre l’événement du récit comme pensée de l’événement de la vie. Les textes interrogent ainsi le récit potentiel que sont les êtres.
Convoquant l’attente et l’oubli, ils partent  en quête de l’inaccessible et d’un certain espoir derrière les portes où les exclus sont mis hors jeu. Mais, tout compte fait, ne seraient-ils pas à l’abri des êtres dits dotés de raison ?

Cela jusqu’à « l’amorce du manège infernal, de la foire à trois francs six sous où il faudrait crier. Même pas peur sauf que ça ne marche pas ». Sortir de là, c’est sentir à la place du Vent Noir , « une petite brise pas désagréable mais insidieuse ». Elle n’enlève aucun doute ou hypothèques.
Et laisse sur une interrogation.

lire notre entretien avec l’auteure

jean-paul gavard-perret

Apolline Garrel, Le Vent noir, Mjw édition, juin 2021.

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