Anne-Marie Albiach, La mezzanine, le dernier récit de Catarina Quia
Du dernier livre d’Anne-Marie Albiach affleure un «comment c’est» qui ne cache plus un «comment ce n’est pas». Et ce, même si ce livre posthume cache bien des mystères. D’abord celui de sa publication. L’auteure le retira des ses oeuvres complètes. Mais on doit toutefois à Claude Royet-Journoud sa publication.
Ecrit sur trois cahiers en une période de crise qui conduisit la créatrice en hôpital psychiatrique, le livre bascule entre la fiction et la réalité.
Anne-Marie Albiach le veut roman. Mais, reprenant la parole directement dans ce corpus, elle écrit : « Pourquoi chercher la fiction ? Comment appréhender le réel ? » Les question restent ouvertes dans cette porosité entre le réel et l’imaginaire, l’expérience littéraire et existentielle. Des segments s’y ajoutent à d’autres à l’intérieur de chaque moment afin de rompre la surface de l’évidence admise.
Restent le meilleur et le pire du moindre du monde. Un moindre qui est tout. Qui n’est pas forcément l’inverse du néant. C’est un peu ce que Beckett nomma un «inannulable moindre» (Beckett) fait pour épuiser les images admises et la narration.
Surgit ce qui se cache derrière comme si l’apparence était un voile, une surface qu’il convient de déchirer. Au moment même où surgit la poésie lapidaire de la créatrice, une parole se « ‘libère » dans un paradoxe : « Catarina Quia écrivait désormais dans un cercle. Elle ne savait pas de qui ou d’où ce cercle émanait ».
Et ce, à l’inverse de la vie de la poétesse, alors que son écriture n’étouffait rien mais tentait de saisir ce qu’elle pouvait encore.
S‘atteint une intensité déchirante. Au moment où les possibles s’épuisent, elle leur donne un maximum d’extension dans une sorte de rêve (ou cauchemar) de réalité.
jean-paul gavard-perret
Anne-Marie Albiach, La mezzanine, le dernier récit de Catarina Quia, coll. La librairie du XXème siècle, Seuil, Paris, 2019, 274 p. – 22,00 €.

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