Andrea Zanzotto, Phosphènes
Du chaos à la lumière
Phosphènes reste le livre des éclats où notre mental est élargi par Zanzotto pour démultiplier l’existence ouverte ici dans des vers courts ou longs. Ils cultivent un certain désordre qui happe le langage, lequel soudain déborde comme à la va comme je te pousse. Rien n’est vraiment dit mais, de Pieve di Soligno où Zanzotto est né, tout suinte, ravit et fuit.
Les paysages sont arides et durs, du genre « la terra trema » et ce qu’il en reste dans le froid, les ruines d’avant et de son ici. Le livre devient ainsi une longue lutte où les habitants de l’Enfer de Dante remontent voir ce qui reste de la Terre. Surpris sous l’ornière, scintille encore de l’inattendu. Et c’est la magie du verbe de Zanzotto où l’auteur retape non seulement tout ce qui reste mais notre intime dévasté.
Paradoxalement, une telle poésie touche à son apogée dont la traduction française donne une bonne approche dans une langue folle, habitée, renversée d’idiomes et aussi d’espaces inattendus pour créer eux-mêmes un style particulier là où quelque chose de bien plus que les lieux a lieu.
jean-paul gavard-perret
Andrea Zanzotto, Phosphènes, traduit de l’italien et du dialecte haut-trévisan (Vénétie) par Philippe Di Meo, Éditions Corti, 2026, 160 p. – 18,00 €.