Alexandre Jardin, Mademoiselle Liberté
Horace est professeur et proviseur d’un lycée. Une de ses élèves de 18 ans, Mademoiselle Liberté, a jeté sur lui son dévolu
Un chef-d’œuvre, sinon rien.
Horace, victime d’un accident de voiture, met un terme à sa voracité. Lui qui, jusque-là, croquait la vie à belles dents, menait une existence passionnée, se range et goûte à la monotonie du mariage. Avec Juliette, sa femme, une épouse professionnelle, un engin féru de traditions s’épanouissant comme une fleur sans odeur dans un destin matrimonial, il fornique avec application et ponctualité chaque samedi soir. Deux lettres, emplies d’idéaux purs – ou de purs idéaux, comme l’histoire le laisse penser par la suite – vont, en l’espace de trois jours, détruire leur union. Horace est professeur et proviseur d’un lycée. Une de ses élèves, Mademoiselle Liberté, une jeune femme de dix-huit ans rêvant d’un amour parfait, a jeté sur lui son dévolu. Elle se donne vingt-quatre heures pour réconcilier Horace de Tonnerre avec lui-même.
Liberté, ce mot finit très vite par sonner faux sous la plume d’Alexandre Jardin. Au fur et à mesure que l’histoire se déroule – est-on, d’ailleurs, véritablement porté par une histoire ? – on est saisi par la désagréable sensation de tourner en rond. D’accord, Mademoiselle Liberté désire, plus que tout au monde, vivre un amour parfait. Un chef-d’oeuvre, sinon rien. On a compris. À force de répéter cette idée des dizaines de fois, à l’aide de mots identiques, dans des dialogues du type copier/coller, on finit par en avoir assez. Assez de cette Mademoiselle Liberté. Assez de cet Horace. Assez de ces deux personnages caricaturaux enfermés dans leur obsession. Néanmoins, Alexandre Jardin insiste. Ce faisant, il crée un effet de style plutôt réussi. Et cela lui permet de remettre en cause, de manière assez subtile, la réalité d’un amour sans failles, loin d’une effrayante routine. Dans cette édition, revue par l’auteur, la fin du récit a été modifiée. Les personnages finissent par sortir d’eux-mêmes. Enfin, Mademoiselle Liberté sort de son carcan ! Ce qui lui vaut sans doute son nom.
Géraldine Grumberg
![]() |
||
|
Alexandre Jardin, Mademoiselle Liberté (édition revue par l’auteur), Gallimard Folio, 2003, 241 p. – 4,60 €. Première édition : Gallimard collection Blanche, 2001, 222 p. – 17,50 €. |
||
