Julio Cortázar, Les armes secrètes

Julio Cortázar, Les armes secrètes

Dans ce recueil de onze nouvelles, Julio Cortázar révèle la capacité du fantastique à extraire l’homme d’une réalité trop dure.

 

 

 

Le pouvoir du fantastique

Dans Les Armes secrètes, un recueil de onze nouvelles, Julio Cortázar présente un univers décalé. Un monde situé quelque part entre le fantastique et le réel. À travers ces histoires courtes, l’auteur aborde des thèmes graves : la mort, la maladie mentale, le dédoublement de personnalité… Néanmoins, chaque récit présente un moyen de s’évader. Comme si Julio Cortázar avait cherché, dans l’écriture, à fuir le réel, trop dur. Dans cet ouvrage, il expose ses armes secrètes, ses moyens de défense qui lui permettent d’échapper à l’insupportable réalité.

Ce livre est construit de manière progressive. La première partie dévoile un univers fantastique, où cauchemars et apparitions rythment les textes. Dans « Axolotl », le narrateur imagine échanger sa vie avec un poisson. À force de rendre visite à l’animal, le narrateur finit par croire qu’il le comprend. Il finit par croire qu’il est comme lui : un animal pensant, prisonnier dans sa cellule. Après nous avoir donné l’illusion d’être entré dans l’aquarium, le narrateur suggère que le poisson est en train d’écrire l’histoire à sa place. Il s’agit de la nouvelle la plus fantastique du recueil. Il faut reconnaître que cet auteur est passé maître dans ce genre. Cependant, tous les récits de cet ouvrage ne participent pas de cette même veine.

Dans la deuxième partie du livre, Julio Cortázar mélange fantastique et réalité. Elle débute avec une nouvelle de deux pages, intitulée « Continuité des parcs ». Cet excellent récit mêle réalité et fiction à l’aide d’une mise en abyme particulièrement réussie. Un homme lit un ouvrage. Le personnage fictif sort du recueil et se campe derrière le lecteur, une arme à la main. La lecture ferait-elle partie, elle aussi, de ces armes secrètes ? Julio Cortázar la présente comme une arme à double tranchant. Comme un moyen de s’évader et d’appréhender le réel, tout à la fois. Cette histoire, un peu décalée par rapport aux autres, tant au niveau de la forme que du sens, pourrait bien être une nouvelle de contrepoint, c’est-à-dire celle qui, dans un recueil de nouvelles construit, donne un éclairage nouveau. Les autres nouvelles de cette seconde partie mettent en scène des personnages évoluant dans un univers réaliste. Cependant, toutes ces histoires conservent encore un aspect mystérieux, incompréhensible (comme « La lointaine », par exemple).

Enfin, la troisième partie fait preuve d’un réalisme criant. Julio Cortázar explique pourquoi il ressent le besoin de quitter la réalité et de se réfugier dans un univers fantastique. L’arme secrète, celle qui fait basculer du réel au fantastique, s’avère être, le plus souvent, l’art : le livre dans « La continuité des parcs », la photographie dans « Les fils de la vierge » (nouvelle dont s’est inspiré Antonioni pour son film Blow Up) ou encore la musique dans « L’homme à l’affût ». Ceux qui ont déjà goûté au jazz reconnaîtront, dans ce dernier récit, le portrait d’un homme très proche de Charlie Parker. Dans Les Armes secrètes, Julio Cortázar révèle, à travers onze nouvelles, la capacité du fantastique à extraire l’homme d’une réalité parfois trop dure.

Géraldine Grunberg

   
 

Julio Cortázar, Les armes secrètes (traduction de Laure Guille-Bataillon), Gallimard « folio », 1963, 313 p. – 5, 90 €.

 
     
 

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