Adelina Lenoir-Cicaici, Le temps des Nymphes

Adelina Lenoir-Cicaici, Le temps des Nymphes

De l’inconvénient d’être aimé

D’origine roumaine, Adelina Lenoir-Cicaici est une radicale de l’écriture poétique comme elle l’est de l’amour. Ecrire et aimer sont donc des activités qui peuvent se mettre dans un même panier. Pas la peine de rajouter d’autres emplettes. L’être (en général) est forcé de retrouver sa condition première et la femme (en particulier) sa condition primitive. Surgissent douleurs et plaisirs (pas seulement physiques) entre la brûlure et l’éraflure. Pendant la passion et encore longtemps après. D’autant que lorsque cela arrive, ce n’est pas vraiment prévu.
Certes l’auteur peut avoir une idée précise de ce qu’il faut faire pour avoir du plaisir et qu’importe si tout n’est pas confirmé lors des expériences amoureuses. Cela peut venir plus tard comme une révélation. Car les feux de l’amour ne brillent pas forcément de tous leurs feux, ceux du moins qui étaient attendus. La poétesse s’en fait l’écho. Sans pathos. Son livre avance entre effacements et symptômes. De l’eau bouillonnante, il glisse à l’eau dormante par un cioranesque à peu près : celui de « l’inconvénient d’être aimé » dans la solitude, la copulation douteuse, le sursaut (de lucidité faute de galipette ?) ou encore le « sûr si » douteux, hypothétique.

L‘amour qui se quitte ne se quitte plus, dit en substance l’auteure. Preuve que c’est une maladie, une addiction, un alcoolisme. Avec ce que cela suppose de conséquences. Preuve qu’aimer ne sauve rien. Mais nul ne peut passer outre. Il faut faire avec le corps et l’esprit. Chacune et chacun tournent autour de son espace, de sa grammaire élémentaire. Tout le monde espère que, lorsqu’on est quitté, l’amour n’est pas encore parti. Du moins pas trop loin. Pas en totalité.
L’auteure pourra – tant que l’illusion perdure – espérer un temps sans conscience, sans corps, un temps sans passé : celui des premiers êtres. Contre la réceptivité organisée et l’hospitalité sociale. Tout peut se passer alors en quatre angles d’une page comme ceux d’une alcôve de fortune. L’amour y prend des yeux gris délavé. Longtemps, longtemps après quand, comme les poètes, il a disparu et que résonne le vide.

jean-paul gavard-perret

Adelina Lenoir-Cicaici,  Le temps des Nymphes, poèmes et proses poétiques, Editions de l’Harmattan, 2016, 116 p. -12,00 €.

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