Catherine Leroux, La Marche en forêt

Belle pro­me­nade en forêt canadienne

La Marche en forêt, c’est celle d’Alma, la sau­va­geonne, « l’Indienne », l’aïeule de la famille Brûlé. Mariée et mère de plu­sieurs enfants, elle éprouve néan­moins le besoin de retrou­ver le contact avec la nature qui l’a vue gran­dir. Tra­ver­sant le pays et la guerre (de Séces­sion), elle annonce le des­tin de sa des­cen­dance. Plus près de nous chro­no­lo­gi­que­ment, ce sont les funé­railles de Thé­rèse qui réunissent le clan Brûlé. Un groupe dis­pa­rate et par­fois dés­uni, avec ses fortes per­son­na­li­tés, ses secrets, ses drames, ses amours. Comme dans toutes les familles, sauf que celle-ci est par­ti­cu­liè­re­ment foi­son­nante. Entre les rami­fi­ca­tions – enfants et petits-enfants –, les alliances – beaux-frères et belles-sœurs, rema­riages – et les pré­noms qui se res­semblent et s’additionnent – Nor­mand, Fer­nand, Tris­tan, Fran­çoise, Amé­lie, Juliette, Jus­tine, Emma, Alma, San­dra, Jacques, Luc, Hubert, Denise… on s’y perd un peu.
Vingt-quatre per­son­nages qui inter­viennent ensemble ou sépa­ré­ment, par petites touches dignes d’un impres­sion­niste, légères ou plus mar­quées, riches en évé­ne­ments ou hyp­no­ti­que­ment des­crip­tives, voilà qui peut s’avérer confu­sant, comme disent nos cou­sins qué­bé­cois. Et l’on n’est pas loin de pen­ser que l’auteure l’a voulu ainsi, tant elle accu­mule les his­toires au sein d’un même cha­pitre, comme des bribes de courtes nou­velles qu’il fau­dra remettre dans l’ordre pour recons­ti­tuer le puzzle. D’où la dif­fi­culté de don­ner même un vague résumé de ce roman aty­pique et attachant.

Car il s’agit en fait de plu­sieurs his­toires, mises côte à côte et qui par­fois se rejoignent pour mieux se ré-éloigner aus­si­tôt. Cer­taines sont plus inté­res­santes que les autres, et auraient peut-être mérité un livre à elles seules. Pre­nons Alma, par exemple, l’aïeule qui part de ses forêts cana­diennes un beau jour pour aller faire la guerre aux États-Unis. Ou bien Jus­tine, la douce, la secrète, qui s’éprend de l’autiste dont elle a la garde jusqu’à faire l’amour et tom­ber enceinte de lui. Ou encore Emma, la jeune nou­velle épouse de Fer­nand, le veuf de Thé­rèse, qui après s’être enfin fait accep­ter dans le clan, doit cacher les révé­la­tions que lui fait inno­cem­ment son mari, atteint de la mala­die d’Alzheimer, pour pro­té­ger sa belle-famille. Ou enfin Hubert, le vio­leur en série presque repenti en prison.

Un pre­mier roman qui, s’il n’est pas par­fait, se lit tout de même avec inté­rêt, autant pour les his­toires qu’il raconte que pour le style épuré mais plein d’une beauté mini­ma­liste de l’auteure. Je ne résiste pas à en citer ici quelques phrases magiques et révé­la­trices du talent de Cathe­rine Leroux : « C’est une manie pour Denise, mar­cher au rythme des bat­te­ments de l’horloge ances­trale, ne pas déran­ger le pouls de la mai­son » (p 132) ; « Il est dans la forêt comme un insecte, comme une souche, comme le fili­grane d’une toile d’araignée, réfu­gié parmi les choses qui, sans être invi­sibles, ne sont jamais vues. » ( p 220) ; « Luc ne res­pire plus. Il est mort dou­ce­ment, loin des regards et des éclats de voix, les doigts enfouis dans une che­ve­lure rousse comme une der­nière lumière. » (p 239) ; « C’est bien d’être fille unique. Ça fait de la place pour rêver » (p 257).

agathe de lastyns

Cathe­rine Leroux, La Marche en forêt, coll. Car­nets nord, Mont­par­nasse, août 2012, 288 p. — 19,00 €

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