Gilbert Ameil (sous la direction de), Le congrès de Paris (1856) – Un événement fondateur

Gilbert Ameil (sous la direction de), Le congrès de Paris (1856) – Un événement fondateur

Un évènement diplomatique méconnu

Le congrès de Paris se réunit en 1856 suite à la guerre de Crimée afin d’établir la paix entre les belligérants. Très largement connu dans la plupart des pays européens, cet événement a été délibérément occulté en France par les dirigeants de la IIIème République, soucieux d’effacer les succès du Second Empire.
On lira donc avec intérêt les actes du colloque international tenu à Paris en 2006, à l’occasion des 150 ans du congrès. La nature internationale de la réunion est à retenir puisque le livre reproduit les interventions des chercheurs étrangers et donne ainsi une vision globale.

Après une remarquable réflexion de Georges-Henri Soutou sur la diplomatie de Napoléon III, son intégration dans le système du Concert européen et les bouleversements qu’elle y a provoqués, la contribution d’Alain Gouttman permet de replacer la guerre de Crimée dans son contexte, avant de laisser la place à une étude sur le déroulement du congrès et de ses différentes phases.

 

Chaque pays invité à participer au congrès est étudié, à partir de sources archivistiques et/ou de l’historiographie la plus récente. On découvre ainsi les paradoxes de la position britannique, méfiante à l’égard des ambitions françaises mais plus encore par les desseins russes en Méditerranée. Londres finit par opter pour l’alliance française contre la Russie, alliance qui a aussi l’avantage de canaliser les Français ! De fait, le Royaume-Uni sort satisfait du congrès de Paris qui repousse la menace russe sur les Détroits et la Méditerranée. Quant à la défaite russe, les causes en sont finement analysées par Vadim Roginsky (aveuglement de Nicolas Ier, corruption, retard technologique). Mais, si le congrès pousse les Russes à démilitariser la Mer Noire et les éloigne des Détroits, la défaite leur fait prendre conscience de leur retard et impulse le mouvement de modernisation de la seconde moitié du XIXème siècle.

 

L’Autriche, restée neutre, voit avec inquiétude, s’affirmer le mouvement des nationalités et surtout le succès qu’il remporte auprès de l’empereur des Français. Le royaume du Piémont-Sardaigne et son premier ministre Cavour n’obtiennent pas les succès escomptés. Il n’empêche que, comme le montre très bien Gianni Oliva, la participation piémontaise à la guerre de Crimée, puis au congrès de Paris légitime la classe dirigeante de Turin et constituera, plus tard, le premier épisode de l’unité nationale. Quant à la Prusse, restée à l’écart du conflit, elle reçoit tout de même une invitation, mais à la fin des discussions et ne pèse donc pas vraiment.

 

L’autre intérêt du colloque est de montrer l’extraordinaire modernité des questions qui ont été traitées lors du congrès : la question de la protection des minorités, l’abolition de la course, la création de la Commission du Danube et l’entrée sur la scène internationale des principautés roumaines et surtout de la Serbie. Dusan T. Batakovic décrit fort bien comment ce pays est placé sous la garantie des puissances et franchit un pas décisif vers l’indépendance. On lira donc avec grand intérêt le texte de Emre Oktem qui montre la permanence, jusqu’à nos jours, des questions discutées à Paris. Enfin, la communication de Jean-Claude Yon éclaire les liens très forts entre politique et mondanités, et la façon dont Napoléon III pèse sur les négociations à travers les conversations nouées avec les plénipotentiaires invités aux bals des Tuileries…

 

Cet ouvrage, riche de la qualité des communications, des cartes et des annexes, est un outil fort pratique et très accessible pour la connaissance d’un événement qui mérite mieux que l’oubli dans lequel il a été jeté.

f. le moal

 

   
 

Gilbert Ameil (sous la direction de), Le congrès de Paris (1856) – Un événement fondateur, Peter Lang, 2009, 225 p. – 28,00 €

 
     

 

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