Romano Canosa, Mussolini e Franco. Amici, alleati, rivali. Vite parallele di due dittatori
Dictateurs et faux amis
On ne retient souvent de l’engagement de l’Axe dans la guerre civile espagnole que l’aide apportée par l’Allemagne nazie, symbolisée par le bombardement de Guernica. Or, contrairement à une idée reçue, c’est l’Italie de Mussolini qui s’est engagée le plus fortement dans ce conflit. De plus, passée la victoire de Franco en 1939, l’attention se porte sur la nouvelle guerre européenne, loin d’une Espagne demeurée neutre.
Le livre de Romano Canosa permet d’y voir plus clair sur les liens que Franco et Mussolini, mais aussi l’Espagne et l’Italie, ont noué pendant toute la période de 1936 à 1945.
À l’aide d’une riche bibliographie mais surtout d’archives puisées à Rome comme à Madrid, il apporte un éclairage percutant sur le jeu politique subtil, plein d’ambiguïtés, auquel ont joué les deux hommes.
L’étude s’ouvre avec les premières analyses faites par l’Italie fasciste sur les convulsions de l’Espagne à l’époque de Primo de Rivera, jusqu’à l’éclatement de la guerre civile. D’entrée, les relations ne sont pas bonnes, même si la question de Tanger et celle des rapports avec la France tendent à rapprocher les deux pays. En 1936, l’insurrection nationaliste éclate, à laquelle l’ambassadeur d’Italie ne croyait pas, et ce n’est qu’avec beaucoup d’hésitations que le Duce finit par accepter d’apporter son aide aux insurgés et à Franco.
Plusieurs chapitres sont consacrés à l’engagement progressif de l’Italie en Espagne, à ses efforts logistiques, aux combats menés par ses troupes, à ses victoires et à ses défaites (les effets moraux de Guadalajara sont bien décrits), aux tensions italo-espagnoles, aux ingérences mussoliniennes, tout cela expliquant la méfiance réciproque qu’éprouvent les deux dictateurs l’un à l’égard de l’autre. Dans le même temps, l’Allemagne nazie freine son engagement dans une zone qui ne lui est pas vitale. Les analyses de Romano Canosa sont précises, rigoureuses et permettent de saisir l’importance de l’action italienne dans la guerre civile espagnole. Selon lui, l’intervention fasciste, motivée par un ensemble de facteurs (prestige, lutte contre les démocraties, effets de la guerre d’Ethiopie, aide aux mouvements fascistes européens) a apporté une aide décisive au camp franquiste.
Une fois la guerre gagnée par Franco, les ambiguïtés se maintiennent. La deuxième partie du livre couvre les années de la Seconde Guerre mondiale et se concentre sur la neutralité de l’Espagne. Franco reste dilatoire, refuse de s’engager. Mussolini se méfie des ambitions espagnoles en Méditerranée et craint, sans doute beaucoup plus que ne le dit Romano Canosa, son entrée dans le conflit aux côtés de l’Axe. Une telle décision contraindrait l’Italie à revoir ses revendications à la baisse, notamment sur les territoires français d’Afrique. Toutefois, l’auteur soutient la thèse – et selon nous avec raison – d’un Franco qui ne fut jamais vraiment porté vers l’intervention, œuvrant avec une habileté remarquable à maintenir son pays épuisé hors du conflit mondial.
Enfin, on lira avec intérêt les derniers chapitres qui apportent un éclairage nouveau sur les relations entre l’Espagne franquiste et l’Italie post-mussolinienne. Montrant un enthousiasme fort modéré pour accueillir le Duce en exil, Franco mène un jeu à nouveau subtil avec les puissances démocratiques qui rapidement jugent son maintien profitable. L’Italie nouvelle elle-même finit par se rallier à cette combinaison.
L’étude de Romano Canosa, précise et fort bien documentée, apporte des éléments pertinents, et nouveaux, sur les relations entre l’Espagne et l’Italie, et permet de relativiser la prétendue connivence entre deux hommes et deux régimes politiques qui n’ont pas été aussi proches que la propagande de l’époque et une partie de l’historiographie l’ont affirmé. Au-delà de l’anticommunisme qui les rapproche, le poids de l’histoire, des intérêts nationaux, des facteurs internes se fait sentir et empêche la formation d’un Axe Rome-Madrid. Il y a chez Franco une prudence qui, ajoutée à l’absence chez lui d’un corps idéologique comparable au fascisme italien, lui permet d’échapper à la dynamique fatale qui conduit Mussolini vers l’abîme.
f. le moal
![]() |
||
|
Romano Canosa, Mussolini e Franco. Amici, alleati, rivali. Vite parallele di due dittatori, Milano, Mondadori, Le Scie, 2008, 537 p.- 22,00 € |
||
