Pierre Milza, Les derniers jours de Mussolini
La mort mystérieuse du Duce

Les conditions de la mort de Mussolini sont, en France, beaucoup moins connues que celles de son complice en dictature. En revanche, en Italie, elles ne cessent d’alimenter des polémiques historiographiques et même politiques car son exécution s’est déroulée dans des conditions troubles et renvoie à la fracture du pays entre les rouges et les noirs.
Pierre Milza tente de tracer les grandes lignes du dossier, dans ce livre accessible et clair pour le lecteur non averti des subtilités de l’histoire de nos voisins péninsulaires.
L’ouvrage pourrait être divisé entre trois grandes parties. La première rappelle les conditions dans lesquelles la République de Salo’ s’est écroulée, et comment le Duce s’est retrouvé sur les routes de l’Italie du nord. Après avoir abandonné le projet d’un réduit alpin, il se dirige vers la Suisse, en compagnie de ses derniers partisans et de soldats allemands chargés de le surveiller, avant d’être arrêté dans la ville de Dongo.
À partir de là, Milza retrace minutieusement les étapes de son arrestation et de son transfert dans la ferme de la famille De Maria. C’est là qu’un groupe de la résistance se rend, conduit par Walter Audisio, dit colonel Valerio, dans le dessein très clair de l’exécuter, sur ordre du Comité de la Résistance de Milan. Conduit devant les grilles de la villa Belmonte, il est fusillé avec sa maîtresse Clara Petacci qui, par amour, l’a suivi jusqu’au bout. La description des sévices que leur corps subirent, sur le piazzale Loreto de Milan, par une foule déchainée est particulièrement saisissante.
Une fois terminé le récit des dernières heures du Duce, Pierre Milza revient sur les points les plus « mystérieux » de cette affaire : le véritable exécuteur qui se cache sous le pseudonyme de Valerio n’est pas Audisio, mais Luigi Longo, futur secrétaire général du PCI ; le sort du trésor de Dongo, à savoir les fonds de la République de Salo’, emporté par Mussolini et qui finit en grande partie dans les caisses du PCI ; les vicissitudes des archives secrètes que le Duce emporta dans sa fuite et les fantasmes autour de leur contenu « explosif » ; enfin le rôle qu’auraient joué les services secrets britanniques dans l’exécution.
Avec toute la rigueur scientifique nécessaire Pierre Milza écarte les thèses les plus farfelues, émet les hypothèses les plus crédibles et ne s’avance dans ses affirmations qu’avec prudence. Il replace cette mort dans le contexte de luttes entre les différents courants de la résistances, et à l’intérieur même du PCI. A cet égard, il ressort du livre que les communistes jouèrent un rôle de premier plan, et pas des plus honorables, avant, pendant et après la mise à mort du Duce. Ainsi ne croit-il guère à la thèse de l’implication directe des Britanniques, même si Churchill, c’est indubitable, avait tout intérêt à faire taire celui qu’il couvrit autrefois de louanges.
Il reste encore des secrets à percer, des pièces à retrouver, des analyses à affiner dans ce dossier complexe. Avec cet ouvrage, le lecteur français dispose d’une mise au clair très pratique.
f. le moal
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Pierre Milza, Les derniers jours de Mussolini, Fayard, août 2010, 350 p.- 21,90 € |
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