Wu Ming 2, Guerre aux humains
Une civilisation de super-héros troglodytes
Dans une ville nommée Babylone, située quelque part en Italie, proche des montages des Apennins, vit Marco Walden, un jeune homme solitaire, idéaliste, qui décide du jour au lendemain de s’installer dans une caverne pour fonder une civilisation d’un autre genre, composée de « super-héros troglodytes », comme il aime à se définir lui-même. Mais c’est sans compter sur les nombreuses personnes qui fréquentent la forêt et viennent troubler sa tranquillité et sa vision d’un monde nouveau : mafieux albanais, culturistes nazis, écologistes acharnés qui luttent combat l’Humanité à la hache, chasseurs et autres braconniers, d’immigrés africains, « nouveaux esclaves » travaillant sur un immense chantier dans la vallée…
Des voisins quelque peu « encombrants » qui auraient sûrement poussé Marco à partir fonder sa civilisation ailleurs, si une rencontre impromptue avec une jeune et jolie barmaid dotée d’une baguette de sourcier à la recherche de Charles Bronson, son saint-bernard étrangement disparu, et avec Sydney, un clandestin nigérian ne l’avait retenu. Marco, bien loin de la sérénité et de la quiétude tant espérées, se trouve alors confronté à tout un réseau de combats illégaux entre chien et homme, dont Sydney a réchappé par miracle, et de trafics en tout genre.
Sans se lancer dans une véritable diatribe contre le genre humain, Wu Ming 2, qui change de numéro en fonction des auteurs qui participent à la rédaction de l’histoire, met en garde contre les dérives d’une société de consommation excessive et de plus en plus matérialiste. Le monde ne tourne plus rond et les humains en sont responsables. Si personne n’agit, voici dans quel type de dérive finira par s’effondrer la société actuelle, semble vouloir dire le quintuor italien.
Le message est clair et passe bien, surtout grâce à l’intrusion d’un roman dans le roman, issu des réflexions d’un auteur de science-fiction sud-africain, aussi excentrique que mystérieux, et dans lequel il souhaite faire « la guerre aux humains », pour sauver le monde. Un procédé efficace car ce fil conducteur aide le lecteur à se plonger au sein d’un univers pourtant glauque.
À tel point qu’on finit par se demander son auteur, Emmerson Krott, illustre inconnu, n’existe pas réellement.
Au fil des pages, Wu Ming 2 traite ainsi de sujets forts contemporains tels que l’écologie, l’immigration et la déshumanisation de certains hommes de pouvoir. Pourtant, on sent ici une réelle différence dans le style et l’art d’aborder le sujet avec les précédents ouvrages du collectif, à savoir L’œil de Carafa et New thing*. Si le premier – paru sous le nom de Luther Blisset – était sans doute inclassable tant par son style que la richesse de l’érudition dont il faisait preuve, et le deuxième rédigé dans un style qui lui conférait un côté fort poétique, il n’en est rien ici. Point d’inspiration lyrique ni de détails historiques. Le fil n’est pas toujours aisé à suivre, l’histoire un peu difficile à pénétrer mais l’atmosphère en revanche est bel et bien là.
Moins « envoutant » que L’œil de Carafa et moins plaisant à lire que New Thing, le message reste clair et passe auprès du lecteur. Un Wu Ming différent donc, mais la patte du collectif italien reste bien palpable. Un peu de poésie aurait sans doute rendu la tâche plus ardue… au détriment d’une lecture plus agréable.
v. cherrier
* Lire également nos articles sur L’œil de Carafa et New Thing parus sur lelitteraire.com
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Wu Ming 2, Guerre aux humains, traduit de l’italien par Serge Quadruppani, coll. « bibliothèque italienne », Métailié, août 2007, 352 p.- 20,00 € |
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