Pierre-Emmanuel Scherrer, Desert Pearl Hotel

Pierre-Emmanuel Scherrer, Desert Pearl Hotel

On the road again

À 34 ans, Pierre-Emmanuel Scherrer décide de mettre sa carrière d’avocat entre parenthèses pour partir aux Etats-Unis, à la recherche de son idole, Clint Eastwood. De ce périple naîtra son premier roman, Desert Pearl Hotel, qu’il accompagnera de chansons – la bande originale du livre est d’ailleurs disponible sur www.desertpearlhotel.com.

 

Pandora Petersen vient de perdre sa mère, Doris. Déboussolée par ce deuil et laissée seule à Los Angeles par son père Ellroy et son frère Tom, repartis dans l’Idaho après les funérailles, la jeune femme tente de se persuader qu’elle n’est pas affectée par la perte d’un être dont elle ne se sentait plus proche. Elle s’enferme dans l’appartement de la défunte, refusant tout autre compagnie que celle d’une bouteille de whisky, et invoque presque malgré elle des souvenirs d’enfance en famille. Quand elle reçoit un bouquet de lys, les fleurs préférées de sa mère, accompagné d’un mot signé d’un parfait inconnu l’enjoignant à partir à la rencontre d’une autre parfaite inconnue, Pandora prend le volant de sa vieille Honda et avale les kilomètres qui la séparent d’un secret bien gardé.

 

Clairement conçue comme un voyage initiatique, cette traversée de l’Ouest américain – de Los Angeles à Santa Fe en passant par l’Idaho – devient un moyen pour le personnage de revoir des saynètes de ces années qu’elle croyait loin derrière elle : « Sentir les heures s’empiler dans sa chair, les lombaires, les tendons du pied sur l’accélérateur, tout ça libère les idées. […] Fatalement ça vous fait revisiter le passé. » Le vide laissé par l’absence s’accroît, la culpabilité se mêle à la colère et à la déception. Les sentiments sont aussi contrastés que les paysages traversés le long de la route. Les conditions climatiques se dégradent, le danger se fait plus présent au fur et à mesure que l’on croit approcher du but, les sentiments intérieurs s’exacerbent en même temps que la tempête se déchaîne à l’extérieur. Tout est conçu par Scherrer comme une montée d’adrénaline conduisant vers un dénouement en apothéose. Mais à dire vrai, le secret est trop vite éventé et la fin quelque peu décevante.

 

Quant aux mystérieux personnages croisés en route, on ne sait trop comment il faut les interpréter. Et pour terminer sur le style de ce jeune auteur, s’il est incontestable que l’on sent là un talent de narrateur, une précision et une concision qui donnent au récit une signature, l’utilisation systématique d’anglicismes – pour faire plus américain, sans doute ? – se révèle lassante, voire agaçante.

agathe de lastyns

 

   
 

Pierre-Emmanuel Scherrer, Desert Pearl Hotel, Editions La Table Ronde, août 2010, 224 p.- 17,00 €

 
     

 

 

 

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