Christophe Bier, Ernest

Une petite gor­gée de Bier

Chris­tophe Bier a mis du temps afin que ses textes ne manquent pas de vul­ga­rité. C’est là, diront cer­tains, un par­cours para­doxal à qui se mêle de lit­té­ra­ture. Mais l’invisible res­pire des divi­ni­tés lunaires jouis­sant entre terre et ciel (et non seule­ment du plain-chant des abîmes), ce qui néces­site une écri­ture cré­pus­cu­laire. Elle doit res­sem­bler à ces roches en stuc des petits bas­sins d’eau salée aux poches bos­se­lées.
Celui qui fut l’auteur du colos­sal  Dic­tion­naire des films fran­çais por­no­gra­phiques et éro­tiques 16 et 35 mm  et donc le spé­cia­liste des ciné­phi­lies éro­tiques et por­no­gra­phiques a trouvé des espaces, noms et une écri­ture qui se sou­cient peu de l’âme ; il part à la conquête de sources vouées à l’inconnaissable à moins bien sûr de culti­ver les marges en leurs « inno­centes » pas­sions. Bier est donc remonté en amont du sans lan­gage, en amont ani­mal de l’histoire sous le ver­rou du nom­bril (même ceux qui “manquent cruel­le­ment d’abonnés”). Il a écrit des “confes­sions apo­cryphes » pleines de talons hauts et de talent idoine pour déli­cieux vertiges.

Ernest  est donc son art poé­tique, sa mini confes­sion rous­seauiste où l’auteur rap­pelle ses capa­ci­tés sty­lis­tiques : « Il suf­fi­sait d’une idée — d’un pied — et le récit se dévi­dait, sans for­cer. Talons en furie, Le Mol­let des ten­ta­tions sau­vages, L’Obscène Orteil, L’Unijambiste cuis­sar­dée… Les titres me reve­naient, signés Erika Majeur, Don Vin­cenzo d’Aléra, Sir Theo Foot­love… Quand j’étais satis­fait d’un roman plus soi­gné, je le signais “Ernest de Cli­chy” ».
L’auteur remonte à l’époque où la cen­sure n’était pas ce qu’elle est deve­nue et où le cul avait droit d’affichage. Jack Lang lui-même s’y fen­dit d’une loi. Et l’auteur dut renon­cer à ses revues dont sa Revue Ciné­ro­tica  lan­cée en 2008 qui se don­nait pour but de dres­ser un his­to­rique de l’érotisme mais ne compta que 4 numéros.

As des romans de garces et des pseu­do­nymes démul­ti­pliés, l’auteur était un mer­ce­naire. Il livre ses « mémoires » de manière aussi radi­cale, rapide que dis­tan­ciée. Les temps sont pas­sés. Mais l’auteur a-t-il vrai­ment changé ? Si le lan­gage est à la nature de l’être, Bier doit être tou­jours le même. Acteur, homme des mots et des images trans­gres­sives, il sera tou­jours celui de la limite. Il par­ti­cipe à ce qui est infi­ni­ment plus que lui : à savoir, un oxy­gène de la société ou sa sou­pape de sécurité.

jean-paul gavard-perret

Chris­tophe Bier, Ernest, Lit­té­ra­ture Mineure, Rouen, 2017 — 10,00 €.

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Filed under Erotisme, Poésie

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