Michel Houellebecq, Rester Vivant (exposition)

Michel Houellebecq, Rester Vivant (exposition)

Dédoublements

Le projet de cette importante exposition, moins rétrospective que prospective, a été annoncé il y a pratiquement un an au moment de la polémique qui frappait Michel Houellebecq. Baptisée  Rester vivant  – titre qui reprend celui d’un des premiers essais de l’écrivain (1991) -, l’exposition est un roman cinétique rassemblant photos, installations et films ainsi que des invitations à de nombreux artistes (Iggy Pop, Robert Combas, etc.). On oublie en effet qu’à côté du romancier et poète, Houllebecq est aussi un homme d’images qui développe une esthétique anticonformiste. Il a invité, entre autres, Maurice Renoma pour la scénarisation de son cabinet érotique et c’est une parfaite réussite.
Conscient qu’à mesure que ses fictions s’égrènent, elles se délitent dans le gris perle ou anthracite et se réfugient en hibernation, Houellebecq fait appel (comme le fit Beckett en son temps) à d’autres médiums. Il ne s’agit pas pour autant de guetter l’éclaircie où les images jetteraient un rayon moins blême à travers le ciel de paysages interlopes, mais de saisir par d’autres biais la solitude des existences.

Dans les photographies « réalistes » de l’auteur, le présent s’habite de solitude et d’arpents qui ne servent qu’à combler les jours trop vides où l’esprit, transi, se sent rapetisser. A travers de telles photographies, les journées sont remplies de ces choses que l’on fait parce qu’elles sont là, attendant d’être faites.
Emaillé de mille circonstances qui se ressemblent et diffèrent, le quotidien des apparences se déroule et passe sans vraiment griffer la surface des images comme le mental de celui qui les prend. Un tel pacte photographique n’a pas besoin de l’effervescence des théories. Houellebecq les exècre, il préfère la praxis des langages et il a bien raison. Si bien que le « neutre » de ses images est de l’ordre du phénoménal : elle ne s’assimile pas pour autant à un inframonde. Proche d’un photographe écrivain tel que Claude Simon, l’auteur de  La carte et le territoire  donne ici une extension à son domaine de la lutte.

jean-paul gavard-perret

Michel Houellebecq, Rester Vivant, Palais de Tokyo, Paris, été 2016.

Laisser un commentaire