Bettencourt Boulevard ou une histoire de France (Michel Vinaver / Christian Schiaretti)

Bettencourt Boulevard ou une histoire de France (Michel Vinaver / Christian Schiaretti)

On redécouvre le cosmétique au cœur de notre individualisme de façade 

Sur une scène jonchée de fauteuils faisant labyrinthe, surplombés de panneaux carrés façon Mondrian, les personnages lancent leur réplique à la cantonade, dans une posture qui paraît leur assigner, sinon une place, du moins une posture. La pièce éclaire l’affaire Betancourt en procédant à une confrontation méthodique de déclarations, non pas comme au tribunal, mais bien comme par une reconstitution mnémonique, exhibant de complexes interdépendances.


De cette histoire en effet on connaît tout, et rien. On assiste dès lors à une chronique rétrospective à la fois fidèle et originale, mise en perspective grâce à l’intervention de personnages historiques qui donnent une profondeur et une véritable teneur à cette saga tissée d’anecdotes et d’invraisemblances. Les monologues présentés initialement inscrivent le propos dans une perspective historique prenant pour toile de fond l’holocauste, la collaboration et la reconstruction d’après guerre.

Le fondateur de l’Oréal, dont la fille a épousé un homme d’affaire opportuniste et collabo à ses heures, parle de ses naïves intuitions, de sa carrière qui accompagne le développement de la société de consommation, de la publicité On redécouvre le cosmétique au cœur de notre individualisme de façade. La fille de Liliane, tiraillée entre l’amour pour ses parents, la clairvoyance à leur égard et les engagements d’une femme travaillée par son devenir, constitue un personnage remarquable qui se construit autour d’un vide symbolique essentiel, celui de son mari juif. Les autres semblent les marionnettes de leur destin, déambulant comme ballotés par ce qui constitue le patrimoine familial jeté dans la fosse aux journalistes et aux juristes.
La lumière a toujours un côté sombre. L’histoire n’est restituée que par bribes, comme s’il s’agissait d’une épure kaléidoscopique. La mise en perspective est réussie, la prestation des comédiens est remarquable (Francine Bergé et Jérôme Deschamps sont magistraux). Mais leur élan, s’il emmène la troupe, ne suffit pas à emporter l’adhésion. C’est que nous sommes en présence de tous les ingrédients d’un mythe, mais peut-être pas de sa consistance, malgré l’ingénieuse et didactique dernière scène.

Christine Eguillon et Christophe Giolito

 

Bettencourt Boulevard ou une histoire de France

de Michel Vinaver
mise en scène Christian Schiaretti

avec

Francine Bergé, Stéphane Bernard, Clément Carabédian, Jérôme Deschamps, Philippe Dusigne, Didier Flamand, Christine Gagnieux, Damien Gouy, Clémence Longy, Èlizabeth Macocco, Clément Morinière, Nathalie Ortega, Gaston Richard, Juliette Rizoud, Julien Tiphaine
avec la participation de Bruno Abraham-Kremer et Michel Aumont
et de Dimitri Mager et Pierre Pietri, danseurs

Lumière Julia Grand ; scénographie et costumes Christian Schiaretti et Thibaut Welchlin ; costumes Thibaut Welchlin ; création musicale Quentin Sirjacq ; coiffures et maquillage Romain Marietti ; assistant à la mise en scène Clément Carabédian ; conseillère littéraire Pauline Noblecourt.

Au Théâtre National Populaire de Villeurbanne du 19 novembre au 19 décembre 2015 ; au Théâtre National de La Colline, 15 rue malte-Brun, 75020 Paris. Téléphone : 01 44 62 52 52, du 20 janvier au 14 février 2016.

http://www.colline.fr/fr/spectacle/bettencourt-boulevard

du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30.

Photo : © Elisabeth Carecchio.

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