Patrick Morier-Genoud, Lubric-à-brac, Abécédaire du Q (mais pas que… )
Entrer dans l’univers de Morier-Genoud revient à se surprendre à aimer à nouveau la littérature. Gageons que son livre motiverait bien de jeunes lecteurs. Mais il serait aussitôt excommunié par les idéologies « enreligiosées » et frileuses du temps. L’auteur est d’ailleurs bien placé pour le savoir : il tenait un blog dans un magazine suisse romand. Lequel décida de l’intégrer dans sa version papier sous forme de chronique. Elle dut être retirée sine die face aux protestations et au chantage au désabonnement de certains lecteurs. Preuve que le sexe demeure toujours plus dérangeant que la mort. Les rayures bistres des livres, leurs habits de ciel se révèlent plus sensibles aux vues de l’esprit, fussent-elles des élucubrations, qu’aux délires sexuels. Peut-être a-t-on l’époque qu’on mérite. L’auteur suisse fait tout néanmoins pour dégager de ses miasmes morbides.
Les saints jusque là aux yeux clos les ouvrent. Ils méditent sur leur ver et des fruits défendus. Comme eux, nous devenons des pèlerins du plaisir. A travers les moments du livre, nous avançons parfois avec la lenteur d’une tortue chinoise, parfois avec la vitesse du lièvre de printemps. L’auteur y parle le trouble comme le naturel qui revient enfin au galop. Les corps se joignent en une même grappe et roulent leurs mots en fagots d’histoires brûlantes ou drôles. Il y a le brasier dans les entrailles sans que des cendres en échoient. Restent le feu d’astre et ses crépitements : la peur se consume car le texte l’immole.
L’auteur demeure le marcheur ivre. En amont de toute silence hypocrite, il remonte et désarme la mémoire et ses remords, il propose des soupirs de mers profondes qui ne s’écoutent pas dans les coquillage que l’on porte à l’oreille. Le naufrage n’est de mise : d’une syllabe à l’autre, le moi est en est émoi . Toujours pour le meilleur et jamais pour le pire. Voici donc une lecture les moins neutres qui soient. Et des plus roboratives.
jean-paul gavard-perret
Patrick Morier-Genoud, Lubric-à-brac, Abécédaire du Q (mais pas que… ), Montreux, Éditions Stentor, 2014, 118 p.

One thought on “Patrick Morier-Genoud, Lubric-à-brac, Abécédaire du Q (mais pas que… )”
Bonjour,
Je découvre aujourd’hui votre critique de mon livre et vous en remercie chaleureusement.
Bien à vous,
Patrick Morier-Genoud