Marc Trévidic, Huitième section

Marc Trévidic, Huitième section

La huitième section judiciaire, La Huit, avait été conçue pour piloter, avec six magistrats, quelques affaires de délinquance importantes. La recrudescence de celle-ci dans les années 1990, en région parisienne, a submergé la structure qui ne pouvait plus gérer en temps réel un tel nombre d’affaires. La huitième section fonctionnait presque en autonomie. Les magistrats étaient amenés à prendre, dans l’urgence, des décisions déterminantes entre incarcération, saisie des différentes structures policières, comparution immédiate…
Elisabeth Guigou, Garde des Sceaux, ministre de la Justice du 4 juin 1997 au 18 octobre 2000 a décidé de sa suppression, celle-ci effective en avril 1999. « L’objectif politique global était d’encadrer plus strictement les pouvoirs d’enquête du parquet, de limiter le recours systématique aux détentions provisoires abusives décidées dans l’urgence des permanences, et d’apporter plus de garanties aux libertés individuelles. » (Sic !) (Wikipédia)

Marc Trévidic a été substitut du procureur dans cette section Huit et son témoignage est particulièrement captivant. Dans une première partie, une cinquantaine de pages, en suivant quelques affaires, il décrit le travail des magistrats. C’est un bel éclairage sur le fonctionnement de la Justice en général et l’implication des différents intervenants. Puis, il implique son personnage dans une étrange enquête où il joue contre la montre.
Le roman débute en 1999 à 2 heures du matin quand Lucien Autret est sur le quai de la Rapée, face au cadavre d’un SDF. Lucien a été nommé substitut du procureur de la République à la 8eme section du parquet de Paris où il tient le rôle de directeur d’enquête. Il doit déterminer quel est le meilleur service pour mener l’enquête entre un commissariat central, la Crim’ – la fine fleur de la police – ou une DPJ – Division de Police Judiciaire. On suit Lucien dans son quotidien face à une affaire de fausse prise d’otage, un incendie qui fait trois victimes…

C’est le troisième jour qu’il est appelé, au petit matin, devant une poubelle de 770 litres. Lors du ramassage, l’éboueur a découvert un corps enrubanné dans des sacs plastiques. L’autopsie révèle cinquante-trois coups de couteaux et fait énigmatique, le visage et les mains oint été polis gommant totalement les traits et les empreintes.
Ness, Nesrine, une jeune Marocaine, raconte son enfance, sa famille, ses sœurs, Nadia l’aînée, Youssa et Zineb les jumelles, les difficultés qui les frappent après la mort du père et les conséquences sociales de cette disparition.
Lucien Autret, tout en gérant d’autres affaires va s’attacher à découvrir qui était le défunt et qui lui en voulait à ce point. Mais il ne dispose que d’une semaine avant de devoir passer l’enquête à un juge d’instruction…

Marc Trévidic fait vivre au plus près le travail de ces magistrats. Il explicite les procédures qui découlent de leurs décisions, les rapports entre les membres de la section, avec la hiérarchie et toutes les structures qui composent l’appareil policier et judiciaire. La mécanique procédurale est expliquée avec une clarté limpide, rendant l’enquête addictive sans jamais perdre son lecteur dans un galimatias. Il décrit le rythme des interventions, la fatigue, voire l’épuisement pendant ces gardes, la charge de travail colossale, l’arrière-cour d’une justice d’urgence, la pression constante, la quasi impossibilité d’une vie personnelle, familiale. Mais c’est aussi un projecteur sur la misère parisienne, les exclus, les invisibles.

Outre une magnifique intrigue policière, Huitième section est un hommage à ces magistrats, policiers, experts et greffiers qui étaient journellement confrontés à la misère humaine. Et le romancier associe avec brio une description historique et une enquête sous tension.

Marc Trévidic, Huitième section, Folio Policier n° 1085, novembre 2026, 304 p. – 9,50 €.

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