Philippe Aymond, Sur les traces de Billy the Kid

Philippe Aymond, Sur les traces de Billy the Kid

En juin 1937, Ray Alexander livre les dernières planches de Blue Soldier, une histoire de la Guerre de Sécession, à son éditeur, clôturant quatre années de travail. Comme il n’a pas vraiment d’idées pour la suite, le grand patron lui propose de raconter l’histoire de Billy the Kid de manière réaliste et d’un point de vue historique. Pour débuter, il y a la biographie écrite par Pat Garrett, le shérif qui l’a traqué et abattu. Le livre va tomber dans le domaine public. Ray se laisse convaincre.
Le 5 juillet, il part, tous frais payés, pour cinq semaines à Santa Fe, dans le meilleur hôtel. Il commence à travailler, se plonge dans le livre mais très vite le texte lui semble ridicule, outrancier, caricatural. Cependant, son éditeur ne lui laisse pas le choix, il est sous contrat. Ray va chercher des éléments concrets, des témoins. La fille de Pat Garrett est née quatre ans après la mort du Kid. Toutefois, elle lui révèle que son père n’est l’auteur que des tous derniers chapitres, le reste a été écrit par un homme qui s’est laissée emporter par son imagination.
C’est par hasard qu’il trouve George Coe. Celui-ci, qui a beaucoup fréquenté le Kid, va lui révéler une bien différente réalité…

Billy the Kid, de son vrai paronyme William Henry Bonney, est né à New York le 23 novembre 1859. Il a été abattu le 14 juillet 1881 au Nouveau-Mexique, crédité de 21 meurtres. Ces dates et ce chiffre encadrent la légende. Telle que présentée, cette histoire est parfaite pour faire vendre ; un jeune tueur sans scrupules suscite l’engouement des lecteurs. Or, dans une période où une société structurée reste à construire, dans une région ouverte où la loi qui s’applique est celle du plus fort, de celui qui ne recule pas devant la violence, la terreur, les écrits faisant foi sont peu nombreux. Ces récits se construisent alors sur des témoignages et chacun connaît la fragilité de ceux-ci, même sans remettre en cause la bonne foi des témoins.
Par cette façon de fouiller pour découvrir la vérité, ce qui se cache derrière une réécriture de l’histoire pour servir des opinions délétères, le scénario invite à la circonspection. Si l’histoire de la conquête de l’Ouest avait besoin d’être magnifiée, ce traitement est mis en œuvre à l’heure actuelle avec un déferlement des fausses nouvelles, de désinformations, par une administration menée par le dément qui sévit aux États-Unis.

Philippe Aymond interroge sur la véritable personnalité de ce jeune homme, sur les raisons de la constitution de cette légende. Peu à peu, il fait émerger des silences, des fantômes à ne pas déranger et aboutit à une autre vérité. Et derrière l’image de ce tueur sanguinaire se dessine un garçon fragile pris dans un engrenage de violences.
L’auteur assure la totalité de la mise en images, avec un dessin réaliste, élégant, d’une indéniable qualité, un choix subtil et magnifique pour la mise en couleurs directes. En effet, il met en noir et blanc les séquences relatives à l’enquête en 1937 et utilise la couleur pour toutes celles qui concernent le Kid.

Découpé en dix-sept chapitres, cet album de 264 pages est une petite merveille tant par la qualité du récit, la beauté des planches que par les réflexions que suscite sa lecture.

Philippe Aymond, Sur les traces de Billy the Kid, Glénat, coll. Hors Collection, octobre 2026, 264 p. – 29,00 €.

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