Rodolphe & Griffo, Conan Doyle – Le monstre du Staffordshire

Rodolphe & Griffo, Conan Doyle – Le monstre du Staffordshire

Sir Arthur Conan Doyle ne s’est pas satisfait d’écrire des histoires policières à faire résoudre par son détective, il s’est aussi intéressé de près à des affaires criminelles réelles. Dès les années 1880, il suit avec attention plusieurs affaires judiciaires controversées et n’hésite pas à prendre publiquement position quand il estime qu’une erreur a été commise. Il mène des investigations personnelles, consulte des experts, interroge des témoins et publie ses conclusions dans la presse.
L’affaire George Edalji, en 1906 – 1907 constitue le cas le plus emblématique de cette implication.

Dans le Surrey, à Hindead en 1906, Sir Conan Doyle se promène dans la lande avec le Major Wood, son secrétaire, qu’il présente comme son docteur Watson. Celui-ci l’informe qu’il a reçu une étrange correspondance le matin même. Le courrier est volumineux, accompagné de coupures de presse. Celui qui lui écrit se nomme George Edalji et se dit victime d’une grave erreur judiciaire qui lui a coûté trois ans d’emprisonnement et l’interdiction d’exercer son métier d’avoué. Il est jugé coupable d’une affaire qui a débuté dans la nuit du 2 février 1903. Un fermier retrouve son cheval éventré. Deux mois plus tard, c’est un autre cheval qui subit le même sort. Et les meurtres de chevaux, de vaches, de moutons continuent. Des lettres de dénonciation sont expédiées. L’une d’elle présente George Edalji comme complice, puis une autre le dénonce carrément.
Il suscite la méfiance, par sa couleur de peau, ses yeux et sa vie très rangée. Alors…

Tandis que Sherlock Holmes est au sommet de sa célébrité, son créateur mène, de son côté, l’enquête que raconte Rodolphe. Ce récit mêle les thèmes du polar, ceux du fait divers et de la reconstitution historique.
Avec cette affaire où un homme est condamné à l’issue d’un procès entaché d’irrégularités, reposant sur des preuves fictives et des préjugés raciaux, Conan Doyle s’implique totalement. En examinant le dossier, il relève de nombreuses incohérences et met en avant un élément déterminant pour innocenter le coupable. Celui-ci souffre d’une déficience oculaire sévère, d’où ce regard, qui est totalement incompatible avec les faits reprochés. Pour faire bouger les choses, Doyle use de sa notoriété, publie des articles dans la presse nationale et transforme une affaire locale du Staffordshire en un scandale public. Il obtient une réhabilitation partielle et la création, en 1907, de la Cour d’appel criminelle britannique.

Rodolphe raconte les différentes étapes, les investigations menées, les témoins retrouvés, de façon dynamique. Griffo assure, avec son talent habituel, la mise en images de cette enquête, retrouvant pour les protagonistes les traits adéquats, les expressions qu’ils pouvaient avoir. Les décors sont attrayants et la mise en couleurs accompagne de belle manière les différentes atmosphères de l’histoire.

Avec cet album, les auteurs remettent en lumière une partie des activités de cet homme surtout connu comme romancier, occultant un souci de justice qui le pousse à s’investir pour faire régner celle-ci.

Rodolphe (scénario) & Griffo (dessin et couleurs), Conan Doyle – Le monstre du Staffordshire, Éditions Anspach, septembre 2026, 46 p. – 16,50 €.

Laisser un commentaire