Caleb Traskman – Franck Thilliez, La Route du Diable
Au bout, l’atrocité ?
Hollow Spring regroupe une maigre communauté au cœur de la taïga nord-américaine. Abigaël fait des courses en attendant d’aller récupérer le reste du groupe à l’aérodrome. Ce sont des jeunes mordus de True Crime qui animent des émissions sur YouTube. Elle voit arriver Dorian, le principal youtubeur, un beau gosse et Lily-Lou qui fait partie d’une bande qui recherche des disparus, veulent résoudre des cold-cases. Mais Abigaïl apprécie mal de voir arriver le troisième. Jean-Bernard est le père de Mathis, le compagnon de sa fille.
C’est Lily-Lou qui est à l’origine de la réunion de ce groupe et de l’équipée dans laquelle il s’engage. Il y a trois mois, elle a contacté Abigaël parce qu’elle avait des informations sur la disparition de sa fille, Iris. Celle-ci, en compagnie de de Mathis, se livrait à des voyages extrêmes dans un Combi Volkswagen. Elle montre une photo extraite de la dernière vidéo que le couple a postée. Ils sont devant le panneau qui indique le début de La route du Diable, le 1er août 2016. C’est une route de 666 kilomètres qui mène à un lac. Sur la route, trois centrales électriques et une seule station d’essence. À partir de là, il n’y a plus de réseaux, de liaisons quelconques possibles. Le couple s’est volatilisé et leur Combi à été retrouvé sur cette route, abandonné.
C’est pour tenter de les retrouver, de connaître la vérité que le groupe va s’engager sur cette route dont ils ignorent tout sauf que….
L‘intrigue met en scène une galerie de personnages délibérément réduite. C’est le quatuor composé des parents des deux disparus, d’un influenceur qui veut tout filmer et d’une jeune femme très attirée par l’aventure et le beau gosse. Un autre noyau de protagonistes va révéler une facette de cette route à la réputation maudite. Et très partiellement, des personnages viendront le temps de quelques pages.
Si, dans les premiers chapitres, l’auteur installe les bases de son intrigue, les raisons de la quête des héros, il détourne cette recherche de vérité en une lutte pour la survie. La route, par l’isolement qu’elle impose, sa notoriété de lieu maudit, les nombreuses disparitions qui lui sont attribuées, alimente une tension croissante. Alors qu’ils avancent, les protagonistes prennent conscience de leur séparation d’avec la civilisation et doutent des possibilités de retour.
Les événements se précipitent. La violence et les révélations s’enchaînent dans un crescendo. L’atmosphère devient oppressante et les découvertes apportent leurs lots de brutalité, voire de barbarie. Et Caleb Traskman – Franck Thilliez joue merveilleusement aves des paradoxes temporels qui apportent un niveau de tension très supérieur aux récits de ce genre.
Derrière cette histoire aux ressorts horrifiques, l’auteur aborde des thèmes forts, universels comme celui du deuil impossible, de la quête obsessionnelle de la vérité quel qu’en soit le prix à payer. Il installe également une interrogation sur cette culture de l’image qui envahit l’espace social, cette pratique de tout photographier, filmer pour alimenter des réseaux qui ont tout sauf une dimension humaine. Parallèlement, il interroge sur notre vernis social, moral, sur la fragilité de ceux-ci quand l’individu est confronté à la violence, à l’horreur.
Caleb Traskman – Franck Thilliez, avec ce roman où se déploie une intrigue nourrie à l’horreur, signe un texte très interrogatif sur la nature humaine, sur son évolution quand elle fait face à des violences, quand l’individu doit survivre face à la monstruosité.
serge perraud
Caleb Traskman – Franck Thilliez, La Route du Diable, Fleuve Éditions, Label Styx, septembre 2026, 272 p. – 20,95 €.