François‑Henri Soulié, Que la fête s’achève !
Dans Paris assiégé…
Konrad Gotze, élève à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Munich, a rejoint l’armée de Prusse alors que rien ne l’y obligeait. Il voulait être avec son ami Kurt. Et c’est son cadavre qu’il essaie de ramener au camp, au prix de mille efforts. Mais il a aussi un projet qu’il veut absolument concrétiser.
Alma d’Orchis, comédienne, courtisane, a quitté son hôtel particulier pour se rendre quai de Grenelle. Elle voyage dans un chariot d’ambulance.
Félicien, un vieil homme, vient d’arracher quatre planches à une palissade. Il attend une visite et veut chauffer sa pièce. Il est horticulteur et a même été le fournisseur de SM l’Impératrice.
Konrad déserte et s’introduit dans Paris encerclé par son armée et bombardé sans cesse. Il veut rencontrer Gustave Courbet et devenir son élève. Il a pris cette décision quand il a assisté à la présentation, à Munich, du nouveau tableau du maître – La Dame de Munich.
Félicien fait tomber son butin ce qui alerte Hortense, la gardienne du petit immeuble. Alma se présente chez Félicien. Ils se connaissent depuis des années, alors qu’Alma était encore Emma Costello, la fille d’un pasteur anglican. Elle veut aider l’horticulteur en souvenir de ce qu’il a fait pour elle, quand elle avait fui, en 1852, la vie très puritaine imposée par son père.
Les parcours de ces trois principaux personnages, dans cette nuit du 31 décembre 1870, vont connaître des difficultés, des menaces, des effets dévastateurs, en plus du froid, des bombardements, de la faim et des exactions de toutes natures…
Avec ce nouveau roman, François‑Henri Soulié s’attache une fois encore à un événement historique, retenant un moment au cœur du siège de Paris en 1870. La ville est encerclée depuis trois mois par les troupes prussiennes et la population commence à souffrir avec les bombardements réguliers. La nourriture s’est raréfiée, les rationnements extrêmes engendrent la famine. Il faut faire avec qui subsiste encore entre les murs.
L’auteur cite un menu authentique composé de tête d’âne farcie en hors-d’œuvre, suivi du potage, un consommé d’éléphant, puis dans l’ordre, civet de kangourou, chat flanqué de rats, gâteau de riz aux confitures et fromage de gruyère. L’auteur présente cette liste comme un menu de réveillon. De plus, au sein des classes dirigeantes, les tensions sont terribles entre républicains, impériaux, et partisans de la poursuite du combat.
Dans les premières pages, Soulié pose trois trajectoires, trois destins qui, en se croisant dans cette nuit du 31 décembre, structurent le récit. Il installe des personnages au caractère trempé, atypiques, qui incarnent chacun une forme de résistance dans la défense de la beauté avec cette quête picturale, la protection des orchidées, et cette comédienne ravissante.
C’est aussi un moment de bascule pour ces trois héros. Konrad prend le risque d’être un déserteur pour mener sa quête, Alma veut rompre avec son passé soutenu par une volonté de rédemption. Félicien se rend compte qu’il ne peut plus être l’horticulteur qu’il a été et veut en finir. Mais les rencontres…
Le romancier convoque une belle galerie de personnages authentiques qui vivaient encore dans la ville, des individus les plus divers, allant des frères Goncourt, à Auguste Blanqui, d’Alphonse Daudet à Bischoffsheim, un banquier…Il fait de Paris un personnage à part entière, décrit l’atmosphère qui règne orchestrée par le froid.
Une fois encore, avec ce roman surprenant, François‑Henri Soulié apporte la preuve irréfutable de son talent de conteur, de sa capacité à faire vivre l’Histoire comme un thriller en introduisant une dimension humaine fort et magnifiquement mise en scène.
serge perraud
François‑Henri Soulié, Que la fête s’achève !, Éditions Michel Lafon, mai 2026, 416 p. – 20,95 €.