Michel Dunand, A deux pas de
Mesure pour nécessaire mesure
Depuis quelques années, Michel Dunand invente ce qui ressemble à d’ultimes sursauts (mais sans chute finale). En haute teneur de lucidité et en faisant preuve d’humour, le poète évadé vivant prétend que « la poésie n’a pas bougé d’un pas » et pourtant il avance certes sans pas de deux, non sans le moindre statut de voyageur mais pratique certains voyages jusqu’à Gênes (où il y a du plaisir) et chante la gloire de bien des seuils pour un homme seul. Par exemple, hors de France et pour, lui des Wallons tout est bon, mais ailleurs aussi il y a des jambons.
Amateur de peintures, il se méfie des murs mais il a parfois leur regard et va dans les musées moins pour taquiner les muses que déceler des hautes teneurs d’absurdité non sans tentation envers un certain goût de moralités finaudes sans jamais se prendre pour un annonciateur de défaites. Certes, il comprend qu’au contraire des idéologies les hommes font encore la guerre.
Mais, en réalité, Dunand en Général Bouge-haut (mais peu) attend patiemment, et sans agressivité, que l’espèce humaine s’éteigne. Cela devient l’affaire de sa marche forcée au « bord de… » – soit de notre lot voire de notre trou-dit. Le tout sans credo politique. Et après tout, ici, marcher c’est cultiver les quelques rares onces d’optimisme susceptibles de perturber l’empreinte tragicomique de l’échec humain.
Dès lors, face à l’Ile aux Cygnes d’Annecy, un tel poète irrigue ses frictions, en se contentant – loin de tout laïus- d’écrire quelques lignes presque proches du communiqué de presse mais rédigé par un tel immense écrivain dont l’entreprise reste singulière et féconde dans un exercice concerté de la rétention du tout à l’égo.
L’écriture ici se défie des règles mesquines de ce qu’on appelle un commerce comme les autres. Et Dunand en montre toute l’importance, pour la poésie. Elle fait là main basse sur les averses et la canicule selon une parcimonie de Spartiate. Sans faire à proprement de la dentelle, l’auteur cultive le passé empiété de l’attente (Beckett jamais loin). Ici, ça se précise mais jamais jusqu’à la dissolution. Reste donc une dialectique de notre composition et de la décomposition : et vogue la poésie ! Dunand s’assoit à côté d’elle, sans lui lâcher les épaules, ni lui marcher dessus.
jean-paul gavard-perret
Michel Dunand, A deux pas de, Jacques André éditeur, , Marmande, 2026, 100 p. -14,00 €.