Jean Reno, L’Évasion
Espionne par hasard…
Emma Morvan est une héroïne que Jean Reno portait en lui depuis de nombreuses années. Sa première mission (Emma – XO Éditions, 2024) se déroule au sultanat d’Oman. Emma est masseuse dans un centre de thalassothérapie en Bretagne. Là, elle est séduite par le fils d’un ministre influent qui lui propose un superbe contrat pour former les équipes d’un centre de bien-être luxueux dans son pays.
Leur relation est utilisée par les services secrets français pour avoir plus d’informations sur un projet nucléaire en cours…
Depuis son retour, elle est en formation à Paris. Son mentor, Éric Martel, lui demande de se faire discrète, de ne pas se mêler aux autres futurs agents. Lorsqu’elle sort, après six heures d’enseignement théorique, elle pressent un danger. Elle n’a pas le temps de réagir qu’elle a un sac sur la tête et qu’elle est jetée dans une camionnette. Elle met en œuvre les techniques apprise pour résister, ne pas céder à la peur, à la panique.
L’interrogatoire est terrible avec toujours les mêmes questions, l’emportement du questionneur.
C’est parce qu’elle ne veut pas s’humilier en se souillant qu’elle obtient une minute pour aller aux toilettes. Les mains libres, elle peut enlever la cagoule et mettre en place les outils pour circonvenir son gardien. Elle s’échappe et se réfugie à Guernesey chez une amie. Mais une erreur la fait retrouver par Martel qui lui impose une nouvelle mission sous légende.
C’est ainsi qu’elle devient Lara Fragonard pour aller en Russie rapporter la preuve de l’existence de camps de rééducations de jeunes Ukrainiens enlevés par les Russes, des camps inspirés de ceux du Goulag…
Jean Reno souhaite que son héroïne soit toujours au service de l’humain dans un cadre très actuel. Il prend, pour ce livre, une situation authentique. L’existence de camps de rééducations russes où sont déportés des enfants ukrainiens. Ces enfants sont kidnappés par l’armée russe dans les territoires occupés plus ou moins continuellement en fonction des mouvements de troupes. Kiev compte ainsi 19 546 enfants identifiés, déportés depuis le début de l’invasion. Les nombres sont monstrueux. Une ONG ukrainienne estime le chiffre à plusieurs dizaines de milliers, la conseillère des droits de l’enfant auprès de Zelenski parle de 200 000 et les Russes déclarent avoir accueillis 744 000 enfants sur leur territoire.
Le roman démarre avec un rythme haletant et ne relâche jamais la tension, multipliant les points de vue.
Le romancier installe une héroïne étonnante qui n’est pas une espionne classique comme nombre de ses collègues masculins. Elle a une part de vulnérabilité, est intuitive et possède un don particulier qui se révèle utile dans certaines situations. Il faut noter qu’une série télévisée inspiré d’Emma, est en cours de préparation.
Jean Reno ne fait qu’un seul remerciement en fin de volume, à Virginie Jouannet qui l’a accompagné tout au long de l’écriture du roman.
Avec un ancrage géopolitique solide, des dérives dictatoriales, des crimes de guerre, Jean Reno impose son livre comme un thriller où les contenus exacerbés génèrent un climat d’incertitude permanent.
serge perraud
Jean Reno, L’Évasion, XO Éditions, avril 2026, 330 p. – 21,90 €.