Anne Serre, Rêve cette nuit. Carnets, 2002-2024
Une « mine d’or »
Dans ces derniers carnets, Anne Serre nous donne ses secrets-là. Ils forment son « journal » « assez monstrueux dans son propos », dit-elle, avant d’ajouter qu’il « raconte comment je suis devenue écrivain. » tout en précisant : « Ce qui est le plus important pour moi dans un livre, c’est le ton du narrateur. »
Dans Rêve cette nuit, elle est donc narratrice pour rapporter un bon nombre de ses rêves (quatre par nuit, ce qui les pousse à sa fécondité) dont elle reste plus qu’habile pour les évoquer leurs traductions. Elle en commet ou s’y abandonne.
Elle crut en terminer avec l’écriture… Mais tout continue. Ici, elle lit beaucoup, répète son impression d’être quelque peu déphasée, « affectée d’une sorte de strabisme de la mémoire. » Voire… Ce qui ne l’empêche pas d’aller au cinéma, seule, parfois devant l’écran blanc : « Cette situation, il m’a semblé que c’était de toute éternité la mienne. », avoue celle qui reste pionnière comme Robinson Crusoé, construisant tout à partir de rien.
D’où l’étrangeté de son île des mots. Elle aime ceux de Beckett et surtout de L’Innommable mais aussi ceux de Simenon et Céline et Thomas Bernhard qu’elle situe par-dessus tout avant de découvrir l’œuvre de Theodore Francis Powys. C’est pour elle une « mine d’or » afin de préférer la littérature à la vie ordinaire.
jean-paul gavard-perret
Anne Serre, Rêve cette nuit. Carnets, 2002-2024, Editions Verdier, 2026, 256 p. – 21,00 €.