Catherine Andrieu, A la marge
Océane
Presque aux confins du monde comme si un voilier l’avait amenée ici, Catherine Andrieu « spectre parmi les spectres » recherche son issue sans son labyrinthe intérieur. Animée « comme un nerf marin », elle refuse la rive ou reste là, comme sur des pointillés, sans raison apparente.
Depuis, dans ce décor sans nom, elle aime caresser l’écume et les algues au milieu des espaces dont elle cherche le fond. Son corps propulsé combat toujours contre l’engloutissement. Et telle une comète, elle déchire le ciel et les jours.
Ses promesses ? Sans doute remises à demain mais leurs vertiges s’arrachent à elle-même. Car un jour, en un seul battement de cil, tout changera. Et dans l’éblouissement intense des plaines liquides, la poète reste ici la silhouette immobile d’une fille du Ciel.
Elle est là, rayonnante sous le zénith. Elle revient célébrer ici-même la source de son premier vertige. Elle revient là où elle est née. Elle espère révéler le secret de son vrai corps. Que dira-t-elle une fois cernée d’ombre fraîche et de bleu fauve ?
D’avoir trahi pour une créature divine sa précieuse solitude, elle s’en arrange volontiers, aucune pensée ridicule ne l’assaille. Si elle s’en va, je pars avec elle. Alors, pourquoi fuir ? Je veux être le passager imprévu de son étrange lumière. Etre comme elle, marginal.
jean-paul gavard-perret
Catherine Andrieu, A la marge , Editions Unicité, 2025, 50 p. – 12,00 €.