Ikuru Kuwajima, Ce que je vois (exposition)
Mémoire et expérimentation
Ikuru Kuwajima, né au Japon, formé aux États-Unis, installé longtemps en ex-URSS (notamment au Kazakhstan, en Russie et en Ukraine), développe une œuvre à la croisée du documentaire, de la recherche visuelle et de la narration personnelle. Il crée une approche libre et exigeante de la photographie souvent nourrie d’archives, d’expérimentations formelles. Mais il ne se contente pas de photographier : il interroge la mémoire, explore l’imaginaire collectif à l’aide parfois de modèles.
Sa démarche est souvent introspective, parfois ironique et ce, dans une quête de sens. L’ambiguïté, la subjectivité et le jeu formel deviennent des outils de lecture critique du réel très influencés par l œuvre de Sebastião Salgado. Il a compris l’effet pervers des images journalistiques. Elles ont certes un impact réel sur le monde mais, dans ce genre, la réalité est trop souvent mise en scène.
C’est pourquoi et à l’inverse, Kuwajima aime explorer des choses nouvelles à travers la photographie et l’art : « L’image est à la fois mémoire, preuve de mon exploration, et interprétation. J’essaie de traduire tout cela visuellement. C’est ma manière de m’exprimer », écrit-il. Et pour lui, une bonne image touche les émotions du spectateur et « contient une forme de nouveauté, d’originalité, ou réveille des souvenirs personnels chez celui qui la regarde. », ajoute-t-il.
En conséquence, il s’oriente vers des choses qui l’intéressent et qui sont proches de lui, mais aussi qui peuvent surprendre le spectateur. Le récit et le concept sont essentiels, mais il cherche également des formes de représentation originales, le tout dans une cohérence entre le fond et la forme. L’ensemble en noir et blanc ou couleur, cela dépend de ses projets. De ces deux langages visuels différents, il choisit à chaque fois celui qui transmet le mieux le concept.
jean-paul gavard-perret
Ikuru Kuwajima, Ce que je vois, Galerie LeNauf – Sinbaldi, Paris, 2025.