Chat prise-t-il

Chat prise-t-il

Je suis l’allongée dans ma guerre secrète et le chant de tes souffles, lorsque tu arrives. Sois mon écorce : tu te sauras et tu auras là de moi ta connaissance interdite. Car ta chanoinesse je reste. Ma peau cherche l’ivresse de ton encens sous ta bure trouée lorsque nous serons à la racine de notre inversion.

Faufilons-nous dans l’irrationnel sur les traces de Lilith et de Prométhée. Dans la torsion des flammes de nos caresses, nos mots mutent et bientôt seront en charpie. Déjà notre ascèse est bien plus qu’ébréchée. Nos corps de cherchent, passant la douane des chimères. Sur le canapé, nos regards défont. Telle est ma règle : ne plus finir jamais d’être en devenir d’être dans l’espace si étroit que nul ne peut penser.

J’écartèle mes ombres sur ton rempart du mâle labyrinthe. J’ai des yeux d’algue, des cheveux d’écume, je cherche les accords dans le chant du flux même si je suis celle que l’on redoute, qu’on aime, qui borde la route des hommes dans l’insolence des songes jusque contre la rambarde d’un fauteuil. Il faut maintenant que tes mains de sel tremblent sous mes voiles de soie. Et sur le damier de tes fantasmes se profilera ma litanie des orages.

Mais il te reste encore à me livrer le mot et je te passerai la chose. Ne le vois-tu ne toujours pas ? J’en conclus que j’ai bien fait de mettre le mot avant la chose, juste pour te le faire chercher. Donneras-tu ta langue au chat ? (sache qu’avec un effort, ton propre songe gardera pour moi une réalité particulière).

jean-paul gavard-perret

Photo : Sally Mann

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