Ferdinando Scianna, Non chiamatemi maestro (exposition)
Scianna a reçu de nombreux prix internationaux et il a publié des reportages, des portraits de la mode et de la publicité. Il a écrit aussi sur la photographie et a pratiqué des dialogues textes / images. « Mon métier est de prendre des photos – dit Scianna – et les photographies ne peuvent pas représenter les métaphores. Les photographies montrent, ne prouvent pas ». Cette phrase correspond immédiatement à l’une de ses photographies les plus connues exposées, prise à Beyrouth en 1976 pendant la guerre civile libanaise, où un combattant chrétien maronite porte, en position de tir, un fusil automatique M16.
Le travail photographique de Scianna fait penser à Hemingway et à Sciascia et sa Sicile enchanteresse traversée par des millénaires de civilisations. Sciascia reste l’homme-clé de son existence et l’assonance des leurs deux noms (Scianna et Sciascia) laisse entrevoir une commune matrice. L’écrivain fut d’ailleurs fasciné par des photos de fêtes religieuses de l’artiste.
La Sicile chez lui fut incarnée par une femme (Marpessa Hennink) protagoniste du catalogue de Dolce et Gabbana réalisé dans l’île. Elle lui fit découvrir une veine théâtrale de mise en scène mais qui jaillissait de la réalité, de la rue, comme dans tous ses clichés pris plus dans le monde que dans un studio et la lumière artificielle.
Scianna a dans cette phrase suivante le mieux proposé une synthèse de son travail : « Mes images, et pas seulement celles siciliennes, sont souvent très noires. Je vois et je compose à partir de l’ombre. Le soleil m’intéresse parce qu’il fait de l’ombre. Des images dramatiques d’un monde dramatique ».
jean-paul gavard-perret
Ferdinando Scianna, Non chiamatemi maestro, Galleria Still, Milan, 2024.
