Celui qui fut le fruit d’un instant d’égarement : entretien avec Musta Fior (Rendez-vous avec Gyneco-Pervers)

Par ses col­lages, Musta Fior entraîne l’image vers une convul­sion. Il pousse le regar­deur en un désar­roi entre frus­tra­tion et désir. Tout se trans­forme en un double jeu. La ten­sion des corps ou leur aban­don se voient caviar­dés : le voyeur est le témoin non de ce qu’il attend mais de ce qui lui échappe
Le corps ne prend part qu’au dés­équi­libre — mais contenu, en sus­pens. Le désir reste en fron­tière dans la pénombre de la volupté. S’y repère un état éva­nes­cent. Et si l’extase est nue, son che­min de foudre est entravé. Le regard demeure sur un seuil, une orée, un pré­lude.
Des étreintes allu­sives sont sug­gé­rées par des poses ambi­guës. Un bras qui s’abandonne au vide suf­fit à lâcher les chiens du désir et qu’importe l’incommensurable alerte que Dieu devrait dic­ter. Le corps devient ravin, ravine proche des péchés de la chair. Hors d’eux point de salut. Quant à la vertu, elle s’habille de bas et de talons hauts qui mettent le feu aux doutes.

Lire notre cri­tique de Rendez-vous avec Gyneco-Pervers

 Entre­tien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La vio­lence de la son­ne­rie du réveil.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
En ai-je eus, je ne sais plus, ou alors ils se sont envo­lés sans m’emporter avec eux.

A quoi avez-vous renoncé ?
Je ne suis pas dans le renon­ce­ment. Je sais seule­ment que des tra­jets, des envies n’ont pu se faire ou se réa­li­ser. J’ai juste renoncé à vivre un futur exta­tique, ha ha …

D’où venez-vous ?
D’un moment d’égarement sans doute …

Qu’avez-vous reçu en dot ?
L’humilité, peut être

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Décou­vrir la cou­leur du ciel le matin et appré­cier un petit bal­lon de rouge avant le dîner

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
Je suis un artiste parmi d’autres. Ce que je sou­haite sur­tout, c’est que mes col­lages puissent trou­ver une vraie place parmi le monde artistique.

Com­ment définiriez-vous votre approche du por­trait ?
Je ne peux répondre, je ne réa­lise pas de portraits

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Il y en a beau­coup. Je suis un amou­reux des images, depuis tout petit. La pre­mière image qui m’a inter­pel­lée date de l’enfance mais de là à m’en sou­ve­nir, c’est un peu brumeux.

Et votre pre­mière lec­ture ?
La pre­mière lec­ture remonte à loin, peut être “Oui Oui” de Enid Bly­ton, col­lec­tion Rose. Un peu plus tard, les “Bob Morane”, col­lec­tion Mara­bout. Puis, il y a eu les Kerouac, Stein­beck, Vian, Hesse, Kundera, …

Quelles musiques écoutez-vous ?
Je n’aime pas faire par­tie de cha­pelles. J’écoute du rock, de l’electro, du jazz, de l’expérimental, de la pop, du clas­sique, du dub, du hip hop, … mais parmi ces styles, mes choix peuvent par­fois être sévères. Cet art, la musique, est indis­pen­sable à ma vie, mon quotidien.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Il y en a deux, “Mémoires d’un vieux con” de Topor et “Rien n’est sacré, tout peut se dire” de Vaneigem

Quel film vous fait pleu­rer ?
J’ai chialé devant un film ? … Ques­tion, en effet …

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Une per­sonne que l’on dit être moi

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
À Barbarella

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Deux des lieux com­plè­te­ment oppo­sés au niveau civi­li­sa­tion. Tokyo pour son his­toire char­gée, sa déme­sure, sa cui­sine, ses artistes et la forêt ama­zo­nienne pour ce qu’elle a été ou ce qu’elle va deve­nir. Je n’ai encore jamais mis les pieds ni dans l’un ni dans l’autre.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Nom­breux sont les écri­vains et artistes que j’apprécie. Les énu­mé­rer ici pren­drait des pages et des pages. Si l’on veut par­ler de l’idée d’être proche, Hesse et Houel­le­becq pour les ques­tion­ne­ments sur l’humain. The Resi­dents et The Sex Pis­tols pour la désa­cra­li­sa­tion de la musique. Han­nah Höch et Chais­sac pour la liberté picturale.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Je suis tou­jours un peu gêné de rece­voir des cadeaux pour mes anni­ver­saires. Mais j’aimerais bien rece­voir un jar­di­net, avec une pelouse bien verte, agré­menté de jolies fleurs …

Que défendez-vous ?
Je n’ai pas véri­ta­ble­ment de fibre mili­tante, même si la défense du droit des ani­maux, du choix de méde­cines alter­na­tives, de la place de l’employé dans le monde de l’entreprise, du rejet de cer­taines marques mon­diales et enva­his­santes, etc … m’interpelle. Ce que j’aime défendre sur­tout, c’est l’existence de mou­ve­ments indé­pen­dants dans le domaine artis­tique, mais cela est de plus en plus dif­fi­cile à faire partager.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Je ne sou­haite pas ten­ter d’expliquer ce genre de réflexion définitive.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
Pen­sez vous réel­le­ment que ce type est drôle ?

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
La ques­tion facile, celle à laquelle j’aurais pu répondre de suite, sans questionnement.

Pré­sen­ta­tion et entre­tien réa­li­sés  par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 15 novembre 2018.

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