Zéno Bianu, Pierrot solaire
Au-delà des petits débats de l’intime, Zéno Bianu tend vers l’universel à travers les mots d’un Pierrot qui affirme son lien avec Daumal et Andrée Chedid. Mais d’autres – poètes plus « électriques » de Buin à Kerouac – ne sont pas loin.
Et les poètes extrême-orientaux non plus.
L’existence est vécue dans le vertige, en élan de ferveur. Bianu revendique l’absolu du désir comme la recherche du feu primordial. Tout vibre dans le bleu cher à l’auteur.
Celui d’un cosmos où le coeur se met à battre parmi les météores en un cantique qui n’a plus besoin de dieu.
Tout reste limpide et clair là où l’univers se transforme. Un seul soleil ne suffit plus. Le poète ne cesse de s’affirmer comme poète essentiel.
Et ce, selon une sorte de confucianisme implicite qu’il faut apprendre à réinventer.
Et à l’âge de l’individualisme mais aussi des grands chambardements que nous subissons, il s’agit de se dégager de bien des idées acquises. L’oeuvre de Bianu permet ce saut. Dans l’espace.
C’est d’un espoir peut être un peu fou. Mais l’auteur réapprend ce qu’il nomme l’ « Alphabet des éblouissements » pour établir des thèses dignes de ce nom, des modèles plus raffinés que ceux sur lesquels le monde est régi par un égoïsme étroit.
L’objectif est de revenir un désir premier que nous avons galvaudé. La poésie s’enfonce soudain dans le bleu d’un horizon qui toujours nous dépasse mais c’est la seule façon de se tenir au monde en osant encore rêver.
jean-paul gavard-perret
Zéno Bianu, Pierrot solaire, Gallimard, collection Blanche, Paris, 2022, 152 p.