Yves Leclair, Cours s’il pleut
Quand de l’éphémère surgit l’éternité
Les poèmes d’Yves Leclair se présentent comme des instantanés. Pour autant ils ne se ferment jamais par un point final : manière d’ouvrir un écho au-delà du moment. Dès lors, si la vie s’effiloche la poésie la retient par fragments au détour d’un éros passager :
« Sur le pont la jupe et la chevelure ondule
Le sein libre comme l’instant
Dans la gigue et pointe du temps le tissu
Qui passe au ralentit »,
Si bien que de l’éphémère surgit l’éternité.
Tout dans Cours s’il pleut est du même ordre : Leclair n’appuie jamais, il bouscule simplement ce qui mérite une attention particulière et évitant de transformer son texte en poésie d’idées. Rétive aux théories comme aux envolées métaphysiques que souvent l’esprit de la collection Blanche retient en poésie (on pense à Moses), le texte se contente ici de s’accrocher au temps humain trop humain sans chercher forcément la beauté dans le dur métier de vivre. Néanmoins, au nocturne, Leclair (comme son nom l’indique) préfèrera toujours le diurne qu’il puise à L’or du commun (titre d’un de ses premiers livres).
La poésie n’avance qu’en paroles ignorées en son exultation existentielle loin des ventres d’abîmes. Si bien qu’existe là une liberté inédite dans la métamorphose des lieux :
Tombant sur une fête foraine
J’entre dans une cour des miracles
écrit le poète. Il voit dans celle qui fait tourner les crêpes au milieu de la graisse des fritures une « Reine d’Egypte ». Que demander de plus pour sortir l’être de ses incertitudes et de sa descente vers la nuit ?
jean-paul gavard-perret
Yves Leclair, Cours s’il pleut, Gallimard, Paris, 2014, 144 p. – 17,50 €.