Wiggins et les plans de l’ingénieur, Le Scénario de la mort, La Princesse et le Viking, Tonton tué, La Mémoire kidnappée

Wiggins et les plans de l’ingénieur, Le Scénario de la mort, La Princesse et le Viking, Tonton tué, La Mémoire kidnappée

Les souris envahissent notre bibliothèque. Elles sont noires, poétiques et mystérieuses !

Mars et avril ont été prolifiques pour les éditons Syros. Comme toujours, de grands auteurs français de romans noirs ou policiers mettent leur plume au service de la littérature jeunesse et y vont de leur conte. L’habitué de la collection sera ravi de retrouver deux écrivains « à série », Béatrice Nicodème et Philippe Carrese.

 

Wiggins et les plans de l’ingénieur

Béatrice Nicodème, donc, poursuit avec le même brio les aventures de Wiggins, l’irrégulier préféré de Sherlock Holmes. On se déplace toujours aussi agréablement dans ce Londres du XIXe siècle parsemé d’anecdotes et d’histoires. Dans Wiggins et les plans de l’ingénieur, notre héros traverse la Manche en compagnie de ses amis français pour mieux découvrir que décidément il préfère l’Angleterre. Chargé de mission par le fameux détective, il se sent trahi quand il découvre que la personne qu’il était censé retrouver a été arrêtée par le grand Sherlock. Mais un mystérieux individu à l’œil de verre l’a abordé. C’en est trop pour Wiggins qui retourne à son « Home Sweet Home ». Là, il se décide à agir. Un ingénieur a été assassiné et des plans ont disparu. Une jeune femme recherche son amoureux qui semble peu fréquentable. Au musée Tussaud, les statues de cire sont nombreuses et rester incognito auprès d’Ann Boleyn est aisé. Wiggins tend son piège sans se soucier d’une possible crise d’éternuements au milieu de toutes ces vieilleries…

 


 

Le Scénario de la mort

À Marseille les vacances commencent. Enfin, presque. À cinq minutes près elles auraient été heureuses pour toute une bande d’espiègles collégiens. À cause des oreilles indiscrètes de leur professeur de français, ils doivent réaliser un ou des films dont le scénario est primordial. Et leur professeur se charge de téléphoner à tous les parents et d’inclure ce travail dans son programme. Les films seront notés. Les scénarios les plus loufoques sont proposés alors que Maupassant semble avoir la préférence de la prof. Mais nos jeunes amis ont l’imagination fertile. Surtout un qui se verrait bien faire un docu-fiction sur son quartier où les Corses sont en guerre permanente avec les Gitans. Houspillé par ces derniers, il trouvera protection auprès des Corses pour un projet qui dépasse ses ambitions. Le caïd souhaite en effet que cela aboutisse à un passage télévisé. Car la communication, aujourd’hui, c’est la meilleure des armes.
Pendant ce temps, des amitiés inconcevables sur les bancs du collège se forment. Respect et amour naissent pendant que certains tentent de surfer sur la Nouvelle vague. Le tout pour aboutir à des expériences extraordinaires. Et avec Philippe Carrese qui a repris la veine poétique de Jean-Claude Izzo, c’est toujours une délectation olfactive que de retrouver sa série « Marseille quartier sud ». On respire la ville par tous ses pores (de port, il n’y en a qu’un seul qui compte, et il est plutôt vieux).


 

La Princesse et le viking

Avec pour thème la rencontre improbable entre une jeune princesse moyen-orientale et un fils de gardien, voilà sûrement le plus beau récit de cette portée de « souris noires » – si tant est que l’on puisse les classer. Le cadre : un lycée normand, aussi huppé que privé. Nos deux jeunes intrigants vont tout de suite se sentir attirés l’un vers l’autre, chacun ayant eu son lot de souffrances. Son père à elle doit sans cesse déjouer de sempiternels attentats, et les survivants de sa famille sont les premiers visés. Qaunt à lui, sa mère n’est plus, et son père s’oublie trop souvent dans la boisson. Au milieu, un colonel, garde du corps mais aussi ami de notre princesse. Jusqu’au jour où les deux compagnons fuguent au mépris du danger qui les guette et du chaos qu’ils déclenchent. Les adultes reprennent la main et la princesse et le viking se doivent de rentrer dans le rang au milieu d’un bain de sang.
Voilà, c’est joliment traité par un Jérôme Leroy qui ne craint pas de faire souffrir les âmes sensibles, celles qui ont le cœur tendre et qui aiment les fins heureuses. Mais dans « Souris noire », malgré d’horribles péripéties, les fins sont souvent heureuses…


 

Tonton tué

Enfin un week-end tranquille. Sans les parents. Avec une console de jeux, du Coca et des pizzas. Un meilleur ami dans les parages et celle qu’on aimerait bien embrasser qui voltige pas loin. Et puis une grande sœur qu’on ne voit jamais et qui se rappelle au bon souvenir juste quand il ne faut pas ! Elle habite loin, mais elle a une petite fille. Son truc, c’est qu’elle s’engueule tout le temps avec son petit ami et qu’il faut sans cesse se réconcilier. Et une morpionne, ce n’est pas toujours l’idéal. Alors on lui fait prendre le train et l’oncle doit s’en charger. La petite est une fervente partisane du jeu « Tonton tué « . Aussitôt, il faut s’écrouler dans d’interminables spasmes d’agonie. Seulement voilà, dans le train, il y a eu un décès. Et si tout le monde semble convaincu d’un accident, la petite a été le témoin d’un meurtre. Le criminel va essayer de faire taire une gamine qui parle beaucoup et qui pourrait s’avérer gênante. Notre quatuor va alors devoir ruser avant d’y comprendre quelque chose.
Serge Quadruppani se risque au jeu qui n’en devient plus un. Car le « Tonton tué » pourrait bien l’être pour de vrai si la police ne fait rien. L’histoire gagne en intensité à mesure que le danger se rapproche pour atteindre son point culminant avec l’enlèvement d’une petite fille qui ne semble pas si désemparée que ça. Arrivera-t-elle à mettre son ravisseur dans sa poche ?


La Mémoire kidnappée

Un enfant, victime d’un accident de la route, se réveille à un étage d’hôpital désert, sans le moindre souvenir. Une femme est à ses côtés. C’est sa maman. Mais elle ne lui inspire aucune émotion. Et bientôt, il faut revenir à la maison. Mais avant, une infirmière lui laisse un curieux message. Il serait en danger ! Lui, habite avec ses parents dans un manoir. Sa chambre est triste. Aucun poster de cinéma, de musique ou de football. Rien qui puisse le remettre sur la voie de sa mémoire. Et puis il y a ces pilules qu’il faut prendre plusieurs fois par jour et cette envie irrésistible de dormir. Tout ça est bien étrange d’autant que sa mère entre dans une colère folle quand elle le surprend à regarder la télévision un matin. On lui cache quelque chose, c’est sûr.
Il va donc commencer à faire semblant de prendre ces médicaments. Ensuite, il va essayer de fuir et de retrouver cette infirmière. Si la fuite est facile, malheureusement pour lui, l’infirmière a été assassinée ! Se trouver des alliés est la première chose à faire. Malgré ça, il est soulagé en apprenant que ces gens qui se disaient ses parents sont des étrangers. Il y a donc des gens qui l’aiment et le recherchent activement.
Un kidnapping, une fuite, une perte de mémoire et une course contre la mort. Tous les éléments sont réunis par Thierry Robberecht pour composer une histoire abracadabrante et terrible à souhait qui ne peut que tenir en haleine, servie par un style sobre.

Hormis le dernier volume, La Mémoire kidnappée, destinée à un lectorat plus confirmé (12 ans et plus), les autres livres peuvent être abordés dès 10 ans et comme toujours, autant par les garçons que par les filles. On attend maintenant la prochaine fournée. Et puis si l’enfant commence à se lasser de ces histoires, parce qu’il est à la fois trop vieux pour s’y intéresser et trop jeune pour vouloir y revenir (les adultes comprendront), il peut, il doit, se précipiter sur les volumes de la collection « Rat noir » dont le dernier, Une sonate pour Rudy, est vraiment une très belle mais triste histoire.

julien vedrenne

-  Béatrice Nicodème, Wiggins et les plans de l’ingénieur, Syros coll. « Souris noire », avril 2006, 148 p. – 5,90 €.
-  Philippe Carrese,Le Scénario de la mort, Syros coll. « Souris noire », avril 2006, 182 p. – 5,90 €.
-  Jérôme Leroy, La Princesse et le Viking, Syros coll. « Souris noire », mars 2006, 174 p. – 5,90 €.
-  Serge Quadruppani, Tonton tué, Syros coll. « Souris noire », avril 2006, 104 p. – 5,90 €.
-  Thierry Robberecht, La Mémoire kidnappée, Syros coll. « Souris noire », avril 2006, 174 p. – 5,90 €.

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