Wazem et Aubin, Sur la neige
Un album qui plonge le lecteur dans une ambiance neigeuse…
La neige ouvre le temps dans lequel le monde se fait étrange et même irréel. Le blanc met à distance le monde. Tout devient sourd. L’engourdissement saisit qui rend spectateur. On ne prend plus part à ce qui se passe. Ce qui advient défile alors, selon une logique opaque qui, en même temps qu’elle s’accomplit, échappe.
La force de Sur la neige est de faire naître ce sentiment chez le lecteur. Celui-ci conviendra que, comme le dit le shérif, On ne casse pas le thermomètre pour régler le problème du froid. Mais le sens de cette phrase demeure aussi énigmatique que celui qui l’énonce. Le shérif, comme il se doit, est seul, seul contre tous, seul contre les délinquants qu’il met en prison, mais aussi contre le directeur de l’usine de la ville et contre le maire, contre le marshall du district enfin, dont on comprend qu’il est puissant et qu’il ne va pas se laisser déranger dans ses affaires par un petit shérif. Plus encore : celui-ci est tellement seul que l’on ne comprend pas ce qu’il fait, pourquoi il le fait ni même comment il le fait ; ses intentions demeurent obscures. Pourquoi en effet, trois gros gaillards qui commencent par le frapper finissent-ils par lui obéir sans qu’il ait d’autres moyens de coercition que son obstination ?…
Tel est le climat de cette bande dessinée : opaque, étrange… et sa valeur vient de l’impression qu’elle suscite chez le lecteur.
Martine Robert
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Wazem (scénario) et Aubin (dessin), Sur la neige, Les humanoïdes associés, collection « Tohu bohu », janvier 2004, 108 p. – 11,25 €. |
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