Vlastimil Kula & Pierre Bourgeade, Spa
Joueuses, joueurs : espaces paniques d’Eros
Les photographies comme leurs personnages jouent avec Vlastimil Kula sur tous les axes de l’espace. Les corps dénudés envahissent leur volume : en bas, en haut, sur les côtés, en son milieu. En solo, duo ou escadrilles, femmes et hommes sont les acteurs du prélude de fêtes érotiques. Pierrre Bourgerade souligne comment et combien chaque corps devient une pierre d’appel faite pour le jeu. Sur des lunes dodues mais fermes pleuvent des perles. Chaque photographie surprend par ses angles de prises et ses dimensions oniriques. Dans la magie des effluves d’images, le corps est parfois entièrement visible mais parfois il se cache comme sous une peau de lait immaculée. Tout devient joyeux, aérien ou aqueux.
Vlastimil Kula prouve que la sobriété cause la perte du jeu de et avec l’image : seule l’absolue ébriété la rend enjouée. Comme Bourgeade, il estime ainsi que seuls les esprits sont potentiellement coupables. Les corps à l’inverse ne passent jamais à côté de la vérité. Ils ne sont pas là pour chanter l’apocalypse mais transfigurer la vision du plaisir. Par les fulgurations amusées de ses mises en scènes, Vlastimil Kula invente des fables qui n’ont plus rien à voir avec des catégories précises : l’érotisme est omniprésent mais le jeu tout autant.
Mobiles, immobiles les corps ont une clarté plus belle que celle de leurs rondeurs. Ils s’enroulent, rampent si bien que l’histoire de l’être ne se distingue pas de celle de l’escargot. Enroulé le corps se déroule, déroulé il s’enroule. Il fait le jour. Ou la nuit. Clair de terre, clair de lune qu’importe : la photographie ouvre, « en-femme », libère les papillons et les fleurs. Les seins sortent des corsages et leurs propriétaires n’ont rien de sages. En se tournant, elles dessinent leur abîme ou leurs collines parmi des vagues. Plus il fait chaud, plus elles s’abritent dans les eaux de leur piscine où noyer le voyeur. Il devient un ange déchu. Bon gré mal gré, il rejette la loi du Père et tente de repérer le nid des hirondelles qui font son printemps, son ivresse.
jean-paul gavard-perret
Vlastimil Kula & Pierre Bourgeade, Spa, Higgins, collection Erotica, 2015.