Véronique Bergen, Voyage avec Zoë Lund
Cantique des quantiques
« Zoë. Tu agis sur moi comme un aimant, comme un double. Te voir, c’est me voir » écrit Véronique Bergen. Et dans ce « chant », la proximité de ces deux esprits et apparences physiques est troublante. Zoë Lund, née Tamerlis, fut l’ange noir des films d’Abel Ferrara (Ms. 45 et Bad Lieutenant).
En 2004, Paul Rachman réalisa Zoe XO, un film qui rend hommage à son talent, sa beauté, son glamour de junkie et son histoire d’amour avec Robert Lund. Elle est devenue une icône underground où visiteurs, dealers, anges de la nuit (et même des rats) franchissaient son appartement. A ces derniers, elle rendait, écrit l’auteure, « un culte sauvage à ces petits dieux d’une autre défonce, tu frottais ton visage à leur fourrure aussi douce que la poudre ». Le tout avant de rejoindre Paris pour soigner son addiction à l’héroïne mais « une fringale de cocaïne » l’emportera dans une mort prématurée en 1999. Elle n’avait que 37 ans.
L’auteure garde une fascination pour cette actrice et scénariste, mannequin américaine, musicienne, activiste. Elle a laissé derrière elle des poèmes, des romans, des nouvelles, des scénarios. Dans le sillage de Zoë, Véronique Bergen voue aussi un culte à Gia Carangi, mannequin droguée, aux amphétamines, aux amours saphiques, aux clubs new-yorkais, le Studio 54, le Mudd club, et morte elle aussi (à l’âge de vingt-six ans). De Zoë Lund à Gia, les deux aventurières des paradis artificiels, l’artiste tend des liens complices, des sororités biographiques dont la passion de l’héroïne a eu raison.
Mais pour l’auteure, Zoë Lund a tout connu, comme elle le rappelle dans un de ses poèmes : « les pierres poudreuses de Chronos / le contre-ut de ta colère / les vagins les gorges les anus / hors-la-loi la perte des dés du paradis l/ es paupières fardées des flibustiers du bitume/ brelan d’overdosés dans la jungle aux néons fanés anacrouse de l’Histoire ». Ce livre est une traversée poignante et lyrique de ses gouffres et danse sur sa mémoire.
De cette héroïne (comme le nom se double tragiquement), la créatrice rappelle : « Zoë que cherches-tu au fond de la cuillère flamme du briquet un zeste de citron la veine qui saille pour l’introït les cercles de la conscience cosmique ». Surgit un éloge funèbre que suivent les Poèmes de Zoé Lund. Elle y rappelle, entre autres, ses guerres de l’opium tout en mettant à nu l’essentiel d’un monde souple mais fragile. Dont, dit-elle, « Le mien est osseux mais éclairé par la lune /Elle meurt dans la vie, je vis dans la mort ». Impressionnant et sidérant.
jean-paul gavard-perret
Véronique Bergen, Voyage avec Zoë Lund suivi de la traduction des Poèmes de Zoë Lund par les éditeur(e)s aidés de Claro, éditions LansKine, Paris, 2025, 47 p.