Vanna Vinci, La petite peste philosophe, anatomie d’une débâcle
Bambina filosofica versus Mafalda
Il faut le dire, cette bande dessinée en noir et blanc, aux dessins simples, est très drôle. Très décalée avec son personnage glauque et hors normes. Le noir et blanc, précisément, souligne le côté cynique et caustique de cette petite fille. Rien à voir avec les petites filles à couettes que l’on aime pourtant… Mais elle nous procure de très bons moments. Paradoxal lorsqu’on sait que la bambina filosofica est une adepte du nihilisme !
Dès les premières vignettes, le ton est donné. Le personnage nous surprend à peine son premier (grand) jour arrivé : elle ne veut pas venir au monde et se dit « réfugiée politique ». Comment ne pas rire ? La jeune enfant vit avec sa mère – son père n’est jamais présent – et un cochon qui parle, Lino Trifola, danseur de tango. Son seul ami est une peluche nommée Lillo, un gorille pour être exact, on ne pouvait trouver plus primate. Celui-ci l’ecoute sans réagir et c’est exactement ce qu’elle recherche apparemment. On fait aussi connaissance avec sa voisine de table à l’école, qu’elle manipule…
Mais notre « peste » soulève aussi des problèmes actuels, passe son temps sur Internet et parle comme une femme. Son insolence, que l’on n’accepterait pas du tout ailleurs, nous emporte ici. La petite fille refuse de parler, de marcher, se fait renvoyer de la crèche, résiste pour entrer à l’école et demande un lifting pour son anniversaire. Elle reste dans la provocation tout au long du livre – le tout dans une bande dessinée en ligne claire, au format à l’italienne et aux pages non numérotées (comme une recollection vintage de strips journalistiques), parsemée de citations de Karl Klaus, Cioran, Churchill… On trouve aussi des « apartés », recette de cuisine philosophique, test : « es-tu ou non nihiliste ? !».
En bref, livre à conseiller, moment de détente assuré.
ophelie heurtebize
Vanna Vinci, La petite peste philosophe, anatomie d’une débâcle, 2012, Marabout, 144 p. – 10,00 euros


